Europe
L’extrême droite allemande à un souffle d’un pouvoir régional inédit depuis 1945
Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’AfD pourrait prendre la tête d’un gouvernement régional en Allemagne. Le chancelier Friedrich…


Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’AfD pourrait prendre la tête d’un gouvernement régional en Allemagne. Le chancelier Friedrich Merz sort affaibli d’un scrutin qui tourne au désaveu pour son propre camp.
La Saxe-Anhalt vient d’adresser un avertissement brutal à Berlin. Dimanche, l’AfD a écrasé la CDU dans ce Land de l’Est avec 44% des voix, contre moins de 18% pour le parti conservateur. Le jeune chef de file de l’extrême droite locale, Ulrich Siegmund, n’a que 35 ans. Il lui manque pourtant trois sièges pour décrocher la majorité absolue au parlement régional, soit 42 élus au total. Le scénario semble désormais ouvert pour que cette formation anti-immigration et prorusse gouverne une région allemande pour la première fois depuis 1945.
Ulrich Siegmund n’a pas caché ses ambitions au lendemain du vote. Il a ironisé sur Friedrich Merz, qu’il décrit comme un très bon agent de campagne électorale pour l’AfD. Avec Alice Weidel, qui dirige le parti à l’échelle nationale, il tend la main aux autres forces politiques pour trouver des alliés. La CDU refuse toute coopération avec l’extrême droite, mais ce refus pourrait ne pas suffire. Une option consisterait à convaincre des élus isolés de changer de camp ou à s’appuyer sur le BSW, une petite formation de gauche également prorusse, qui pourrait jouer les faiseurs de roi. Même un membre de la CDU, Sepp Müller, reconnaît que l’AfD a le mandat pour tenter de former un gouvernement.
Ce résultat résonne d’une manière très particulière en Allemagne. Le pays entretient depuis 1945 une mémoire exigeante des crimes du nazisme, et la culture de contrition reste profondément ancrée. La classe politique a longtemps essayé d’endiguer la montée de l’AfD en pointant ses proximités avec les mouvances néonazies. Charlotte Knobloch, figure éminente de la communauté juive allemande, dit son horreur. Elle affirme n’avoir jamais imaginé, même dans ses pires cauchemars, que l’extrême droite puisse de nouveau gagner des élections de cette façon en Allemagne.
Pour Friedrich Merz, la déroute s’ajoute à une longue série de déconvenues depuis son arrivée au pouvoir en mai 2025. Il avait promis de juguler l’essor de l’AfD, tout en menant une politique économique libérale et en durcissant les règles migratoires. Rien n’y a fait. Sa coalition est minée par des disputes internes, l’économie reste atone, l’inflation est nourrie par la guerre au Moyen-Orient et les tensions avec les États-Unis s’accentuent. La menace russe pousse en parallèle l’Allemagne vers un réarmement accéléré. Le vice-chancelier social-démocrate Lars Klingbeil voit dans ce scrutin un signal clair adressé à Berlin. L’universitaire Oliver Lembcke, spécialiste de sciences politiques, évoque pour la CDU bien plus qu’une lourde défaite et prédit une recomposition majeure du paysage partisan allemand.
Déjà, cet été, des rumeurs circulaient sur un possible remplacement de Friedrich Merz par les cadres de son propre camp. Torsten Frei, responsable des députés conservateurs et ancien chef de cabinet du chancelier, a tenté de calmer le jeu en appelant à la stabilité. Le dirigeant n’aura guère le temps de souffler. Deux autres scrutins régionaux sont prévus le 20 septembre. Dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, l’AfD devance les sociaux-démocrates dans les enquêtes d’opinion, avec 35 à 37% des intentions de vote contre 28 à 32%. À Berlin, les conservateurs, l’extrême droite et la gauche radicale Die Linke se tiennent dans un mouchoir de poche. Les prochaines semaines diront si Friedrich Merz peut survivre à ce revers ou si l’alternative pour l’Allemagne continue d’écrire l’histoire à sa place.
À lire aussi





PolitiqueEn Ligne 7 joursJordan Bardella écarte la police du vêtement et promet un référendum sur l’islamisme



Faits DiversEn Ligne 5 joursPatrick Bruel renonce à sa tournée mais promet de continuer à se défendre



Faits DiversEn Ligne 4 joursLe député Sébastien Delogu passe huit heures en garde à vue après une vive dispute avec des policiers



SociétéEn Ligne 6 joursRentrée sous tension pour 11,6 millions d’élèves entre cyberattaque et téléphones interdits



PolitiqueEn Ligne 5 joursFrance Inter en grève contre un éditorialiste recruté chez Valeurs actuelles



MondeEn Ligne 4 joursL’Iran jure une riposte capable de briser l’Amérique après le bombardement d’une noce



Faits DiversEn Ligne 4 joursUn père tue ses deux enfants et sa belle-mère puis met fin à ses jours en Haute-Saône



Faits DiversEn Ligne 7 joursRima Hassan face à la justice française, l’ONU tire la sonnette d’alarme








