Europe
Des milliers de Serbes vont enterrer Ratko Mladic comme un héros et l’Europe s’indigne
Ratko Mladic, condamné pour génocide, sera inhumé lundi à Belgrade avec les honneurs. Le massacre de Srebrenica reste dans toutes les mémoires, mais une…


Ratko Mladic, condamné pour génocide, sera inhumé lundi à Belgrade avec les honneurs. Le massacre de Srebrenica reste dans toutes les mémoires, mais une partie des Balkans pleure encore son «boucher».
Lundi, la Serbie s’apprête à rendre un dernier hommage à Ratko Mladic. L’ancien commandant des Serbes de Bosnie, mort à l’âge de 84 ans dans sa cellule de La Haye à la fin de l’été, doit être enterré à Belgrade. La cérémonie promet d’être massive. Des dizaines de milliers de personnes sont attendues dans les rues de la capitale, pendant que les capitales européennes tentent de faire entendre leur colère.
Son corps a fait le voyage par avion gouvernemental depuis les Pays-Bas. Le cercueil, couvert de drapeaux, a été reçu avec les honneurs militaires jeudi. Avant la mise en terre, le défunt sera exposé dans une église de Belgrade pendant cinq heures. Un cortège conduira ensuite la dépouille jusqu’au cimetière voisin. Sur le trajet, des groupes de jeunes gens ont déjà salué le convoi avec des fumigènes et des banderoles à sa gloire. Des policiers ont également été aperçus en train de saluer le fourgon mortuaire. Cette séquence a fait réagir bien au-delà des frontières serbes.
Marta Kos, la commissaire européenne chargée de l’élargissement, a clairement dit son désaccord. Elle a annulé la visite qu’elle devait effectuer à Belgrade le 9 septembre. La glorification autour de la mort d’un homme condamné pour génocide n’est pas compatible avec les valeurs de l’Union européenne, a-t-elle expliqué. Dans la foulée, Denis Becirovic, le membre bosniaque de la présidence tripartite, a dénoncé une forme d’identification des dirigeants serbes à l’un des pires tueurs de l’histoire européenne. Il a averti que cela pourrait avoir des conséquences imprévisibles pour toute la région.
Pour comprendre cette colère, il faut revenir sur ce qu’a fait l’armée de Mladic. Pendant la guerre de Bosnie, entre 1992 et 1995, environ 100 000 personnes ont perdu la vie et 2,2 millions ont été déplacées. À Srebrenica, en juillet 1995, près de 8 000 hommes et adolescents musulmans ont été exécutés. C’est la pire tuerie sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. La justice internationale a condamné Mladic à la prison à perpétuité en 2021 pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Après seize ans de cavale, il avait été arrêté en 2011. Il lui était aussi reproché d’avoir organisé la persécution des Musulmans bosniaques et des Croates, d’avoir terrorisé les civils pendant le siège de Sarajevo et d’avoir pris des Casques bleus en otage pendant les frappes de l’Otan en 1995. Un parcours qui lui a valu un surnom terrible dans la presse internationale, le boucher des Balkans.
Cette image de criminel n’est pas celle que veulent garder ses admirateurs. Dans l’entité serbe de Bosnie, la Republika Srpska, sa mort a provoqué des rassemblements et une vague d’émotion. Beaucoup d’habitants ont demandé à faire le déplacement pour l’enterrement. Samedi, plusieurs centaines de personnes, parmi lesquelles des généraux serbes en activité ou à la retraite, ont participé à un hommage sur un site militaire de Belgrade. Le ministre serbe de la Justice et les dirigeants de la Republika Srpska étaient présents. Darko Mladic, le fils du défunt et l’organisateur de ces obsèques, assure être fier du rôle joué par son père. Un rôle qui reste marqué par la souffrance de familles entières. Fadila Efendic, dont le mari et le fils ont été tués à Srebrenica, a confié sa peine à l’approche de cette journée qu’elle juge douloureuse. La voir se transformer en fête nationaliste lui donne le sentiment que les idées de Mladic ne sont pas mortes.
Le président serbe Aleksandar Vucic a indiqué que l’État ferait en sorte que la cérémonie se déroule sans problème et que des dizaines de milliers de personnes étaient attendues. Lui-même ne sera pas là, a-t-il dit, pour cause d’un engagement pris avant ces funérailles. Un choix qui montre à quel point le pouvoir serbe veut ménager à la fois sa population et ses partenaires étrangers, sans vraiment choisir.
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