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L’Europe muscle son jeu au Groenland face aux appétits de Trump

La cheffe de l’exécutif européen effectue ce week-end un déplacement remarqué à Nuuk pour afficher son soutien au Groenland. Une manière de répondre aux…

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L'Europe muscle son jeu au Groenland face aux appétits de Trump

La cheffe de l’exécutif européen effectue ce week-end un déplacement remarqué à Nuuk pour afficher son soutien au Groenland. Une manière de répondre aux convoitises américaines sans passer par les armes.

Ursula von der Leyen pose ses valises au Groenland dimanche pour deux jours qui sentent le tournant. La présidente de la Commission européenne doit signer lundi une déclaration commune entre l’Union et ce territoire autonome rattaché au Danemark. Le message est clair, l’Europe ne laissera personne s’emparer de cette terre immense sans réagir.

Le Groenland n’est pas qu’une île de glace perdue dans le grand nord. Il est la porte d’entrée de l’Arctique, un réservoir de matières premières critiques et un rouage essentiel de la sécurité régionale. Une combinaison unique qui attise les convoitises de Washington depuis des mois. Bruxelles le sait et compte bien peser dans la balance.

Cette visite n’a rien d’anodin. Elle coïncide avec le début de l’exercice militaire Arctic Shield, qui réunit des soldats de dix pays de l’Otan. Une concomitance qui en dit long, souligne un chercheur en géopolitique. Les tensions ne se règlent pas seulement à coups de déclarations. La pression américaine, elle, ne faiblit pas vraiment. En début d’année, Donald Trump a martelé son envie de prendre le contrôle de l’île, avant d’exclure l’usage de la force. Depuis la venue de son émissaire spécial en mai, le sujet est moins visible dans les médias. Mais les messages du président et de son entourage continuent de tomber, régulièrement. Le Groenland n’est pas oublié.

L’Europe ne peut pas offrir de bouclier militaire au territoire. Elle peut en revanche apporter une garantie politique de taille. Un chercheur danois le résume simplement, il s’agit de faire comprendre au Groenland qu’il n’est pas seul. Un appui précieux alors que la Maison-Blanche reproche au Danemark de négliger la sécurité arctique, même si Copenhague et l’Otan multiplient les investissements dans la zone depuis plus d’un an.

Côté portefeuille, Bruxelles passe à la vitesse supérieure. Il est question de doubler l’aide directe de l’Union au Groenland pour la porter à 530 millions d’euros sur la période 2028-2034. Environ 200 millions d’euros supplémentaires pourraient être annoncés à l’occasion de ce déplacement. De quoi donner des arguments au territoire pour développer ses industries extractives, un chantier qui patine. Pas moins de 135 permis miniers sont détenus par une soixantaine d’entreprises, mais seules deux mines tournent actuellement. Les ambitions groenlandaises se heurtent à la lourdeur des projets et aux hésitations du secteur.

Le pétrole vient compliquer l’équation. En août, les préparatifs d’une compagnie américaine dans une région isolée de l’est de l’île ont tiré la sonnette d’alarme. Cette société texane s’appuie sur des licences accordées avant le moratoire de 2021 sur l’exploration et l’extraction d’hydrocarbures. Les autorités locales, invoquant des raisons procédurales, n’ont pas donné leur feu vert au premier forage exploratoire. De quoi raviver les inquiétudes des habitants.

Ce voyage doit permettre à l’Union et au Groenland de sceller un partenariat durable. Les deux parties y trouvent leur compte. Le territoire cherche des investisseurs, des infrastructures et des marchés pour ses ressources. L’Europe veut sécuriser son approvisionnement en minéraux sans dépendre de puissances rivales. Une complémentarité qui semble taillée sur mesure, même si la route reste longue. L’expert québécois retient surtout que la présidente de la Commission revient pour la deuxième fois en deux ans. La preuve que l’engagement européen n’est pas un feu de paille.

Sur place, Ursula von der Leyen doit retrouver le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen et la Première ministre danoise Mette Frederiksen. Un temps d’échange avec le chef du gouvernement des îles Féroé est aussi prévu. Le Danemark, les Féroé et le Groenland tiennent d’ailleurs leur rencontre biannuelle à Nuuk pour évoquer l’avenir de leur royaume. Une discussion qui prend une résonance particulière alors que le monde entier a les yeux braqués sur cette terre de l’extrême nord.

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