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L’adieu contesté de la Serbie au boucher de Bosnie

Ratko Mladic sera honoré lundi à Belgrade, malgré sa condamnation pour génocide. L’Europe s’inquiète de voir un criminel de guerre transformé en héros…

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L'adieu contesté de la Serbie au boucher de Bosnie

Ratko Mladic sera honoré lundi à Belgrade, malgré sa condamnation pour génocide. L’Europe s’inquiète de voir un criminel de guerre transformé en héros national.

Ratko Mladic n’est plus. Ce général serbe de Bosnie avait été condamné à la prison à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il purgeait sa peine à La Haye quand il est mort la semaine dernière. Son corps a été ramené à Belgrade, où il a été accueilli jeudi avec les honneurs militaires. Des milliers de personnes sont attendues lundi pour la cérémonie d’hommage. Bruxelles a aussitôt dénoncé la glorification d’un criminel de guerre.

Une partie de la Serbie le tient pourtant pour un héros. Son fils Darko s’est dit fier du rôle joué par son père, vendredi, lors d’une conférence de presse aux côtés du ministre serbe de la Justice. À Kalinovik, le village du sud-est de la Bosnie où Mladic est né, une fresque géante à son effigie proclame que l’on est dans la ville du héros. Son visage est également tagué sur des dizaines de murs à Belgrade. L’image du défenseur du peuple serbe reste vivace.

Le parcours du général raconte une tout autre histoire. La guerre de Bosnie, sous son commandement, a été marquée par des atrocités de masse. Sarajevo a subi près de quatre ans de siège. Plus de 10 000 habitants, dont plusieurs centaines d’enfants, sont morts sous les obus ou les tirs de snipers. À Srebrenica, environ 8 000 hommes et adolescents musulmans ont été massacrés en 1995. C’est la pire tuerie sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Les juges internationaux ont vu dans Mladic la quintessence du mal.

Lui ne s’est jamais présenté ainsi. Devant le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, il a lancé dès sa première comparution qu’il avait défendu son pays et son peuple. Il expliquait que les frontières avaient toujours été tracées avec du sang. Ses admirateurs le décrivent comme un soldat paysan, amoureux de sa terre, respectueux des codes d’honneur militaires. Mais il est aussi considéré comme le troisième architecte de l’épuration ethnique, aux côtés de Slobodan Milosevic et de Radovan Karadzic. Le premier, mort en détention en 2006, enflammait les Balkans avec sa rhétorique grand-serbe. Le second, psychiatre condamné à la perpétuité en 2019, était l’idéologue des Serbes de Bosnie. Mladic était leur bras armé.

Sa trajectoire personnelle reste marquée par un drame. En 1994, sa fille Ana, étudiante en médecine, s’est suicidée. Certains témoins estiment que cette mort, un an avant Srebrenica, a rendu le général plus dur. Après l’accord de paix de Dayton, Mladic est resté intouchable un moment. Installé à Belgrade, protégé par l’armée, il a plongé dans la clandestinité quand Slobodan Milosevic a perdu le pouvoir en 2000. Il a été arrêté le 26 mai 2011, après seize ans de cavale. Avant son transfert à La Haye, il avait demandé à se recueillir sur la tombe de sa fille. Il est mort le 27 août dans sa cellule.

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