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Trois bateaux coulés en une semaine au large de l’Équateur et les pêcheurs de Manta retiennent leur souffle

Les opérations américaines contre le narcotrafic sèment l’angoisse dans les familles de pêcheurs. Dans ce port équatorien, attendre le retour d’un proche…

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Trois bateaux coulés en une semaine au large de l'Équateur et les pêcheurs de Manta retiennent leur souffle

Les opérations américaines contre le narcotrafic sèment l’angoisse dans les familles de pêcheurs. Dans ce port équatorien, attendre le retour d’un proche parti en mer est devenu un supplice.

Depuis environ un an, les forces américaines multiplient les frappes contre les embarcations suspectées de transporter de la drogue dans le Pacifique oriental et la mer des Caraïbes. Le bilan dépasse déjà les deux cents morts. À Manta, dans le sud-ouest de l’Équateur, les bateaux visés cette semaine étaient partis de ce port de pêche. Et pour les habitants, chaque départ en mer ressemble désormais à une prise de risque énorme.

Jeudi soir, une nouvelle embarcation a été détruite au large des côtes. Les militaires américains affirment qu’elle servait de station de ravitaillement au gang Los Choneros, lié au cartel mexicain de Sinaloa. Des images montrent le bateau abordé puis soufflé par une explosion, avec une immense colonne de fumée qui s’élève dans le ciel. L’équipage, selon les autorités, avait été récupéré et remis aux autorités équatoriennes avant la destruction du navire. C’est la troisième opération du genre en une semaine. Les familles des pêcheurs, elles, ne comprennent pas pourquoi leurs proches sont traités comme des criminels. Fausto Soza raconte qu’il n’ose plus sortir en mer depuis deux mois. Beaucoup de pêcheurs assurent n’avoir aucun lien avec le narcotrafic et vivent dans la peur constante d’une erreur.

Certains attendent encore des nouvelles. Maria Cueva cherche son fils de 25 ans, porté disparu après l’une de ces opérations. Elle dit ne plus manger, ne plus dormir et réclame qu’on lui rende son enfant. En juillet, l’organisation Human Rights Watch avait déjà fait état de trois embarcations attaquées au large de l’Équateur et d’au moins huit disparus, un bilan que Washington conteste.

Cette semaine, aucune mort n’a été signalée. La Marine équatorienne a annoncé que vingt-huit membres d’équipage des bateaux coulés ces derniers jours avaient été pris en charge et ramenés à Manta. Neuf autres seraient en route à bord d’une autre embarcation. Cette nouvelle a apaisé un peu les familles. Ginger Reyes, l’épouse d’un capitaine, répète que les pêcheurs sont vivants et vont bien. Mais la peur reste là.

Ces opérations s’inscrivent dans une stratégie plus large. Le président équatorien Daniel Noboa, soutenu par les États-Unis, mène une guerre frontale contre les gangs et a rejoint une coalition antidrogue portée par Washington. Pourtant, la violence ne recule pas dans le pays. L’Équateur a enregistré l’an dernier le taux d’homicides le plus élevé d’Amérique du Sud, avec environ 51 meurtres pour 100 000 habitants. La cocaïne produite dans les pays voisins continue de transiter par ses ports du Pacifique. Et sur la côte, ce sont les pêcheurs qui payent le prix fort.

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