Politique
Ségolène Royal y croit encore et veut faire trembler la primaire socialiste
Vingt ans après sa défaite face à Nicolas Sarkozy, l’ancienne candidate à l’Élysée tente un retour solitaire. Elle mise sur son aura et son expérience…


Vingt ans après sa défaite face à Nicolas Sarkozy, l’ancienne candidate à l’Élysée tente un retour solitaire. Elle mise sur son aura et son expérience pour bousculer une gauche en quête de repères.
Elle arpente la foire agricole de Châlons-en-Champagne comme si le temps n’avait pas passé. À 73 ans, Ségolène Royal est là, au milieu des bêtes et des stands, reconnaissable entre tous. Un retraité du coin glisse à sa compagne qu’elle n’a pas changé. Elle lui paraît même rajeunie. Le couple s’attarde, observe, échange quelques mots. L’homme vote pourtant à droite, plutôt du côté de Retailleau, mais il sourit. Ça lui fait plaisir de la voir. Curiosité sincère ou simple nostalgie d’une époque révolue, difficile à dire.
Celle qui fut la candidate socialiste à la présidentielle de 2007 veut encore croire en son destin. Elle parle de sa candidature comme d’une évidence, forte de son parcours d’ancienne ministre et de présidente de région. Elle n’a plus rien à prouver, répète-t-elle. Juste une offre de service à la gauche. Son parcours récent ressemble pourtant à une longue série de tentatives. Battue à la primaire de 2012 contre François Hollande, elle a ensuite soutenu Jean-Luc Mélenchon en 2022. Fin 2024, elle s’est même déclarée disponible pour Matignon après la censure de Michel Barnier. Elle veut maintenant incarner une autre façon de gouverner, plus douce, plus humaine, dans l’esprit du mitterrandisme qu’elle revendique avec une pointe d’humour.
Son programme reste flou, c’est peu de le dire. Elle évoque des caméras dans les temps périscolaires ou une TVA allégée sur les aliments produits en France. Rien de très détaillé. Elle promet même, avec une audace rare, qu’il n’y aura pas de mouvement social si elle est élue. Ses adversaires à la primaire, Raphaël Glucksmann ou Olivier Faure, elle refuse de les juger. Elle préfère parler directement aux Français. Son ancien compagnon François Hollande ? Pas un mot. Il ne dira qu’en décembre s’il se lance.
Cette campagne s’annonce très solitaire. Son équipe est réduite à une poignée de fidèles, avec le sénateur Luc Carvounas comme pilote. Il lui faut récolter les parrainages de quinze conseillers nationaux du PS. Pas si simple pour quelqu’un qui ne dispose pas de courant organisé. Ses proches se veulent sereins, en misant sur un calcul simple. Une partie de l’appareil ne veut pas que le candidat du PS vienne de l’extérieur. Et puis, disent-ils, elle est la seule femme en lice. Certains dans le gouvernement doutent de la capacité des autres candidats à lui tenir tête. D’autres, au PS, rappellent que les Français ont peut-être oublié qui elle est vraiment.
Quel que soit le résultat, Ségolène Royal affirme avancer en harmonie avec elle-même, dans son couloir. Une prise de parole qui servira, dit-elle. L’avenir dira si cette nouvelle traversée du désert mène à une renaissance ou à un dernier baroud.
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