Europe
Ratko Mladic enterré lundi dans une Serbie qui l’honore encore
Officiels, militaires et partisans ont rendu un dernier hommage au criminel de guerre condamné pour génocide, deux jours avant ses funérailles à Belgrade.…


Officiels, militaires et partisans ont rendu un dernier hommage au criminel de guerre condamné pour génocide, deux jours avant ses funérailles à Belgrade. Une cérémonie qui montre à quel point la guerre de Bosnie n’a jamais vraiment refermé ses blessures.
Ce samedi, dans une enceinte militaire de Belgrade, environ trois cents personnes se sont rassemblées autour de la dépouille de Ratko Mladic. Son fils Darko était là, entouré d’anciens soldats, de généraux serbes toujours en activité ou à la retraite, et de plusieurs représentants du pouvoir. Le ministre serbe de la Justice, Nenad Vujic, a fait le déplacement. Tout comme le président de l’entité serbe de Bosnie et deux ministres originaires de Serbie de Bosnie. Dans la capitale serbe, un tel hommage n’a rien d’anodin.
Ratko Mladic est mort la semaine dernière à l’âge de 84 ans dans sa cellule de La Haye, où il purgeait une peine pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Son nom reste associé au massacre de Srebrenica, commis en juillet 1995 sous son commandement. Environ huit mille hommes et adolescents musulmans y ont perdu la vie. C’est la pire tuerie qu’ait connue l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Le tribunal pénal international avait retenu contre lui le qualificatif de génocide, un terme lourd, longtemps contesté dans une partie de l’opinion serbe.
Pourtant, pour beaucoup, il reste un héros. Ses partisans se sont pressés devant la Maison de l’armée serbe, certains avec des drapeaux, d’autres avec des tee-shirts à son effigie ornés de la mention « Héros serbe ». À l’intérieur, les orateurs ont salué un homme à la « figure marquante, aussi bien en tant qu’homme que soldat ». Aucune place, dans ce récit, pour les victimes. Aucune évocation des charniers ou des familles brisées. Le surnom de « boucher des Balkans », utilisé dans la presse internationale, dit pourtant tout le poids de son passé.
La dépouille de Ratko Mladic avait été rapatriée jeudi et accueillie avec les honneurs militaires. Lundi, il sera inhumé dans un cimetière de Belgrade. Des milliers de personnes pourraient venir assister à ses obsèques, en dépit des condamnations venues de l’étranger. La scène est loin d’être isolée. En Republika Srpska, l’entité serbe de Bosnie, la mort de Mladic a donné lieu à des cérémonies et à des rassemblements de sympathisants.
Ce contraste entre la justice internationale et la mémoire locale résume à lui seul les fractures de l’ex-Yougoslavie. Un homme reconnu coupable du pire massacre commis en Europe depuis 1945 peut encore recevoir, trente ans plus tard, un dernier adieu officiel. Et la présence de responsables gouvernementaux à cette cérémonie envoie un signal clair. La réhabilitation des criminels de guerre n’est pas qu’un vestige du passé. Elle continue de structurer une partie du discours nationaliste dans les Balkans, entre déni, célébration et refus de regarder l’histoire en face.
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