Société
La candidate éthiopienne transforme la mort de sa sœur en combat pour Miss Monde
Enlevée et tuée juste avant la compétition, Kidusan hante la route de sa cadette. Ruth Weldesilasie refuse de laisser le chagrin la réduire au silence.

Enlevée et tuée juste avant la compétition, Kidusan hante la route de sa cadette. Ruth Weldesilasie refuse de laisser le chagrin la réduire au silence.
Celle qui doit porter les couleurs de l’Éthiopie à Miss Monde ne monte pas sur scène pour le glamour. Ruth Yirgalem Weldesilasie y monte avec un deuil immense. Elle a 25 ans et sa grande sœur, Kidusan, en avait 29 quand elle a été kidnappée pendant l’été. Une rançon a été réclamée, puis le corps de la jeune femme a été retrouvé fin juillet, découpé et abandonné dans deux valises. Parmi les dix suspects arrêtés par les autorités locales, deux noms résonnent encore plus fort pour Ruth – son ex-petit ami et le compagnon de sa sœur.
« Je vais transformer ma douleur en mission », assure la candidate dans la ville côtière où 111 femmes sont réunies pour la finale. Elle raconte ce vertige d’apprendre que la personne la plus précieuse peut soudain avoir un prix. « C’était dur, très dur. » Porter son deuil sous les projecteurs va contre tous ses instincts, mais elle a choisi de ne pas se recroqueviller. Elle sait que les larmes l’attendent au retour, seule sur son canapé. Ce soir, elle pense à sa sœur. Pour elle, ce concours est devenu un hommage à une autre forme de sororité, une manière de dire à toutes les femmes qu’elles peuvent traverser les pires épreuves sans s’effondrer.
Sa démarche dépasse sa propre histoire. En parcourant l’Éthiopie, Ruth a mesuré l’ampleur des violences faites aux femmes. Les chiffres connus donnent le vertige. Près de 20 millions d’Éthiopiennes ont été mariées avant 18 ans et environ la moitié des femmes de 15 à 49 ans vivent encore avec des mutilations génitales, même si ce taux recule. Une pétition demandant au gouvernement de déclarer une « crise nationale » face à ces violences a déjà réuni environ 170 000 signatures. Des décennies d’instabilité et la guerre qui a ravagé le nord du pays entre 2020 et 2022 ont encore aggravé la situation.
Avec ses projets de concours, Ruth veut travailler sur le bien-être psychologique des enfants et la santé des mères. Quand on soigne une femme, dit-elle, on lui rend sa dignité. « On lui donne une autre vie. » Elle sait qu’elle ne ramènera pas sa sœur. Mais avant de partir, elle s’est dit que si elle y allait, elle pourrait au moins faire bouger les choses. C’est peut-être ça, sa revanche sur l’horreur.
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