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Chassés de leurs terres par les combats, 20 000 Cambodgiens attendent un retour incertain

Leurs maisons ont été prises ou détruites pendant les affrontements avec la Thaïlande. Ils vivent depuis des mois dans des villages provisoires, sans…

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Chassés de leurs terres par les combats, 20 000 Cambodgiens attendent un retour incertain

Leurs maisons ont été prises ou détruites pendant les affrontements avec la Thaïlande. Ils vivent depuis des mois dans des villages provisoires, sans savoir quand ils pourront enfin rentrer chez eux.

Plus de 3 000 toits verts identiques s’étendent au milieu d’une plaine cambodgienne, à quelques kilomètres de la Thaïlande. Ce sont des villages d’attente, sortis de terre après les combats de l’an dernier. Pour les familles qui y vivent, ces maisons représentent un net mieux que les tentes installées près des temples bouddhistes. Chaque logement dispose même d’un petit jardin pour cultiver des légumes.

Mais l’horizon reste bloqué. Keo Sotheary, 39 ans, vend des cosmétiques au bord de la route pour faire vivre sa famille. Avant, elle habitait à Boeung Trakuon, à une vingtaine de kilomètres de là, dans une maison occupée depuis plus de trente ans. Elle a fui en décembre, quand les soldats thaïlandais ont pris le contrôle du secteur. Elle raconte que sa maison a été prise, mais elle évite d’en parler. Elle dit qu’elle ne peut pas retenir ses larmes quand elle y pense.

Le conflit plonge ses racines dans un vieux différend frontalier. La frontière entre le Cambodge et la Thaïlande s’étend sur 800 kilomètres, un tracé hérité de l’époque coloniale française. Les deux voisins se le disputent depuis des décennies. L’an dernier, la tension a dégénéré deux fois en affrontements armés, en juillet puis en décembre. Des dizaines de personnes sont mortes et des centaines de milliers ont fui. La plupart sont rentrées chez elles. Mais plus de 20 000 Cambodgiens restent bloqués. Leurs terres sont toujours tenues par l’armée thaïlandaise. Bangkok assure simplement avoir repris une partie du territoire que le Cambodge occupait illégalement depuis des années.

Dans les villages provisoires, la vie tente de s’organiser. Des cafés et des épiceries ont ouvert, une école et un centre de santé fonctionnent. L’État cambodgien subventionne l’eau, l’électricité et les repas scolaires. Im Chreb est arrivée en avril. Elle dirige un petit café pour gagner sa vie, mais son cœur est resté de l’autre côté. Sa maison d’origine, avec tout ce qu’elle a bâti en vingt ou trente ans, lui manque. Elle traite les soldats thaïlandais de voleurs. L’ancien Premier ministre Hun Sen a promis en juin des titres de propriété pour ces nouvelles maisons, un signe qui laisse penser que l’exil va durer. La route vers les anciens villages est d’ailleurs barrée par des barbelés thaïlandais.

La situation est encore plus dure dans les villages disputés qui sont restés sous contrôle cambodgien, comme Chouk Chey et Prey Chan. Les murs des maisons portent des impacts de balles, des jouets d’enfants traînent au sol. À Chouk Chey, une roquette de 80 millimètres est toujours plantée au milieu de la route. Le chef de commune Tol Sarin explique que certaines habitations ont été détruites par l’armée thaïlandaise, d’autres bombardées. Les habitants ne peuvent pas revenir. L’association Licadho estime, images satellites à l’appui, que plus de 600 maisons et infrastructures ont été détruites dans les trois secteurs concernés. Les Nations unies rappellent que les personnes déplacées ont le droit de rentrer chez elles. Mais la décision ne dépend pas d’elles.

Sur place, beaucoup s’inquiètent de la suite. Ang Sophat, 42 ans, arrose ses légumes et reconnaît que cet endroit vaut mieux que les tentes. Elle regrette pourtant l’emplacement, au milieu des champs, loin des clients. Ici, on ne vend qu’aux habitants du village, déplore-t-elle. Keo Sotheary, elle, n’a pas choisi de s’installer au bord de la route avec ses cosmétiques. C’était une nécessité pour nourrir sa famille. Kun Sytha a perdu sa maison à Chouk Chey. Avec son mari, elle a monté une épicerie, pendant qu’il vend du jus de canne à sucre. Nous construisons une nouvelle vie, dit-elle. Mais si les problèmes se règlent, nous rentrerons. Sinon, elle ne sait pas ce qui arrivera.

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