Nous rejoindre sur les réseaux

Société

Pesticides, le fonds d’indemnisation franchit un cap historique en 2025

Pour la première fois depuis sa création, plus de mille personnes ont demandé réparation pour une maladie liée aux pesticides. Face à cette vague, le…

Article

le

Pesticides, le fonds d'indemnisation franchit un cap historique en 2025

Pour la première fois depuis sa création, plus de mille personnes ont demandé réparation pour une maladie liée aux pesticides. Face à cette vague, le fonds a dû puiser dans ses réserves pour la toute première fois.

Le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides a reçu 1 044 demandes en 2025, soit une hausse de 6,8% par rapport à l’année précédente. Presque toutes émanent de personnes exposées dans le cadre de leur travail. Seules 20 concernent des enfants victimes d’une exposition pendant la grossesse de leur mère. Le profil type du demandeur reste celui d’un homme, puisqu’ils représentent 92,5% des recours, avec une part croissante de retraités. Les profils professionnels dessinent une France agricole bien précise, dominée par les fermes de polyculture élevage, qui pèsent 30% des saisines, suivies par les grandes cultures céréalières ou industrielles et la viticulture.

Le rapport du fonds met aussi en lumière une géographie très contrastée. Les demandes viennent essentiellement du nord du pays, avec des zones particulièrement concernées comme l’ouest de la Bretagne, le Maine-et-Loire ou la Bourgogne. Cette répartition interroge les responsables du fonds, qui peinent à l’expliquer par la seule réalité des expositions passées. Côté pathologies, le cancer de la prostate reste l’affection la plus souvent invoquée. Le fonds rappelle que la reconnaissance des maladies professionnelles liées aux pesticides progresse, avec l’intégration récente de la maladie de Parkinson et de certaines hémopathies malignes dans le champ des pathologies indemnisables.

L’activité du fonds a connu une montée en charge spectaculaire depuis ses débuts. En 2021, première année pleine de fonctionnement, il avait reçu un peu plus de 300 demandes. Le chiffre avait doublé l’année suivante, puis s’était stabilisé autour de 700 en 2023. L’année 2024 avait marqué une progression exceptionnelle de 44%, avant donc ce franchissement historique des 1 000 demandes en 2025. Sur l’ensemble des dossiers traités cette année-là, le fonds a rendu 795 avis favorables et 180 refus. Les victimes reconnues peuvent ensuite percevoir des indemnisations étalées dans le temps, selon la gravité et l’évolution de leur maladie.

Le coût de cette reconnaissance explose. Les prestations versées au titre de la réparation des dommages ont atteint 25,9 millions d’euros en 2025, soit une augmentation de 35,5% en un an. Or les recettes du fonds ne suivent plus. Le dispositif est financé par une taxe sur la vente de produits phytopharmaceutiques et par des cotisations dédiées aux accidents du travail et maladies professionnelles. Mais le rendement de la taxe a chuté depuis 2023, passant de 18,16 millions à 13,61 millions d’euros. La hausse des cotisations, qui ont presque doublé pour atteindre 4,7 millions d’euros, n’a pas suffi à compenser cette chute. Résultat, pour la première fois, les dépenses ont dépassé les recettes issues de la taxe, obligeant le fonds à entamer ses réserves financières constituées lors des premières années.

Une inquiétude demeure pourtant sur la notoriété de ce dispositif. Des ONG déplorent régulièrement son manque de visibilité. La Mutualité sociale agricole assure la gestion technique et financière du fonds, mais la communication ne fait pas partie de ses missions. Le rapport annuel est publié chaque année sans cérémonie particulière ni annonce officielle du gouvernement. Des disparités régionales subsistent sans explication évidente, ce qui suggère que de nombreuses victimes potentielles ignorent encore l’existence de ce fonds et de leurs droits.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus