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Shaunak Sen filmait les oiseaux malades de New Delhi, il raconte maintenant son propre cancer

Le réalisateur indien nommé aux Oscars pour un documentaire sur des oiseaux victimes de la pollution a décidé de filmer sa maladie. Une manière de…

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Shaunak Sen filmait les oiseaux malades de New Delhi, il raconte maintenant son propre cancer

Le réalisateur indien nommé aux Oscars pour un documentaire sur des oiseaux victimes de la pollution a décidé de filmer sa maladie. Une manière de regarder Delhi et ses maux droit dans les yeux.

Quand Shaunak Sen découvre qu’il est malade, New Delhi lui apparaît sous un jour nouveau. Ce réalisateur de 39 ans a passé des mois à filmer deux frères qui soignent des oiseaux victimes de la pollution dans la capitale indienne. Ce travail, devenu le documentaire Tout ce que nous respirons, lui a valu l’Œil d’or à Cannes en 2022 et une nomination aux Oscars en 2023. Mais cette fois, le danger ne se trouve pas seulement dans l’air qu’il observait. Il est dans son propre corps. Le diagnostic lui a fait comprendre qu’il était exposé aux mêmes risques que ces animaux étouffés par un ciel devenu invivable.

Pour faire face à l’annonce, gérer l’angoisse et prendre du recul, le cinéaste a jeté sa caméra dans la bataille. Son nouveau documentaire, encore sans titre, est né de cette épreuve. Il a choisi de placer son chirurgien au centre du récit, car il ne voulait pas faire un film introspectif. Cette figure du soignant le fascine, lui qui sait s’effacer totalement pour se consacrer à l’instant présent. Dans Tout ce que nous respirons, les deux frères qui recueillaient les oiseaux blessés jouaient déjà ce rôle de réparateurs face à un monde qui s’abîme.

New Delhi n’est pas qu’un décor dans cette histoire. Avec près de 30 millions d’habitants, la mégapole figure régulièrement en tête des villes les plus polluées de la planète. Les rejets du trafic et de l’industrie, auxquels s’ajoutent en hiver les fumées des brûlis agricoles, pèsent lourdement sur la santé publique. Une vaste évaluation publiée en 2024 fait état de 3,8 millions de morts en Inde entre 2009 et 2019 attribuées à la pollution de l’air. Et quand on interroge les oncologues sur la hausse des cancers, beaucoup pointent les toxines, les produits chimiques et l’air contaminé.

Le nouveau projet de Shaunak Sen raconte aussi sa relation intime avec la ville où il a grandi et étudié. Il y pose un regard plus personnel que jamais. Ce n’est pas une première pour lui. En 2016, avec Cities of Sleep, il suivait déjà les sans-abri de la capitale dans leur quête d’un endroit sûr pour dormir. En septembre, il présentera à Toronto son premier court métrage de fiction, Termite, qui met en scène deux exterminateurs d’insectes à Delhi.

Le réalisateur sait que sa convalescence sera longue après son opération. Il ne cache pas la part d’ombre qui a guidé ce travail. Ce film lui a d’abord permis d’éviter de se retrouver face à une réalité terrifiante. Il a préféré la transformer en matière esthétique plutôt que d’en subir toute la brutalité. « C’est une manière de se voiler la face », dit-il. Mais c’est aussi une manière de continuer à créer, même quand le sol tremble.

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