Monde
Cinquante ans après sa mort, le culte de Mao fait toujours recette en Chine
Le souvenir de Mao reste vivace dans des villages restés fidèles au collectivisme. Derrière cette ferveur, un récit officiel verrouillé et une nostalgie…

Le souvenir de Mao reste vivace dans des villages restés fidèles au collectivisme. Derrière cette ferveur, un récit officiel verrouillé et une nostalgie qui séduit les jeunes.
Au centre de la Chine, le Henan abrite un village hors du temps. À Nanjie, sur la place nommée « l’Orient est rouge », une statue de Mao Zedong se dresse, éclatante de blancheur. Les touristes s’y pressent pour prendre la pose devant cette figure haute de plusieurs mètres. Cinquante ans après la mort du dirigeant, sa mémoire continue d’attirer les foules.
Ce village est tenu par beaucoup comme l’ultime rempart du maoïsme. Ici, la propriété est collective. Les habitants reçoivent un logement gratuit. Les murs portent des inscriptions socialistes et les entreprises locales sont organisées en coopératives, un vestige de l’économie planifiée. Mais le souvenir des années Mao perd de sa netteté dans une Chine devenue résolument marchande. La croissance ralentit, les inégalités se creusent, et cela ravive chez certains une nostalgie de l’égalitarisme de jadis. Les chapitres les plus durs des 27 années au pouvoir de Mao demeurent pourtant soigneusement gommés de la mémoire collective.
Parmi les pèlerins, une étudiante de 22 ans, Xie Kaiyue, évoque avec émotion le père de la révolution de 1949. « Je lui voue un grand respect, même si je n’ai pas connu cette période », dit-elle, avant de regretter que les jeunes d’aujourd’hui, elle comprise, manquent de la force de caractère des générations passées. Autour d’elle, des guides en voiturette électrique détaillent le fonctionnement des coopératives locales et la vie dans les immeubles couverts de slogans.
À environ 500 kilomètres plus au nord, Dazhai, dans la province du Shanxi, joue le même rôle de machine à remonter le temps. Ce village, jadis érigé en modèle national pour avoir transformé en terrasses cultivées des montagnes arides, attire son lot de nostalgiques. Li, un retraité de 64 ans, se remémore son enfance marquée par le manque de nourriture et de vêtements. Mais il préfère retenir l’énergie de l’époque. « Le pays tout entier débordait de vigueur », insiste-t-il. Cette époque lui manque, dit-il sans détour.
Les boutiques de Dazhai vendent des articles à l’effigie de Mao. On y trouve des affiches, des jeux de cartes et le fameux recueil de citations, le Petit Livre rouge. Dans le musée local, toute référence à la Révolution culturelle a été gommée des panneaux d’information. Cette période lancée par Mao entre 1966 et 1976 a pourtant failli faire basculer la Chine dans la guerre civile. Des millions de personnes ont été victimes de violences, de camps de travail et d’humiliations publiques. Avant cela, le Grand Bond en avant avait déjà été meurtrier. Lancé en 1958, ce projet d’industrialisation forcée a provoqué la mort par famine de dizaines de millions de personnes, selon les historiens. L’histoire officielle ne retient que le mot « erreur ». Xu Chenggang, chercheur autrefois pris pour cible pendant la Révolution culturelle, relève que personne ne dit ce que ce terme recouvre réellement. Tout ce qui s’affiche publiquement doit obéir à la ligne du Parti, insiste-t-il. Personne n’a le droit d’en sortir.
Le régime de Xi Jinping a encore resserré la vis sur les récits historiques. Le président met en garde contre le « nihilisme historique », toute version contredisant celle du Parti. Ce contrôle favorise l’idéalisation d’une époque que les moins de 30 ans n’ont pas connue. Beaucoup subissent au quotidien des horaires éreintants et une compétition impitoyable. Dans ce contexte, la Révolution culturelle apparaît parfois comme une période d’idéalisme, une époque où la course à l’argent et aux biens matériels n’avait pas tout envahi. Kerry Brown, spécialiste de la Chine, balaie cette vision. Pour lui, c’est une pure invention.
Wang Zhihao, 20 ans, est pourtant de ceux qui admirent Mao. Il pose avec ses camarades devant une statue géante à Shijiazhuang, une ville industrielle de sept millions d’habitants. Il appelle le dirigeant un « grand personnage », celui grâce à qui la Chine nouvelle a vu le jour. Il reconnaît que la vie était rude et la guerre présente, mais il estime que les dirigeants de l’époque ont apporté la paix d’aujourd’hui. Pendant ce temps, des chants à la gloire du Parti s’élèvent depuis la place voisine. Mobo Gao, professeur d’études chinoises qui a connu l’ère maoïste dans la province rurale du Jiangxi, constate que beaucoup de Chinois s’interrogent sur les fondements de leur pays. Il rappelle que la Chine actuelle est née avec la proclamation de la République populaire en 1949.
À lire aussi

ÉconomieEn Ligne 7 joursLe durian chasse le café des hauts plateaux vietnamiens
PolitiqueEn Ligne 6 joursJordan Bardella écarte la police du vêtement et promet un référendum sur l’islamisme
Faits DiversEn Ligne 5 joursPatrick Bruel renonce à sa tournée mais promet de continuer à se défendre
SportsEn Ligne 7 joursDjibril Sidibé voit rouge 43 secondes après son entrée en jeu
PolitiqueEn Ligne 7 joursGabriel Attal recadre Édouard Philippe et le renvoie vingt ans en arrière
PolitiqueEn Ligne 7 joursOlivier Faure jette ses forces dans la bataille pour 2027
Faits DiversEn Ligne 4 joursLe député Sébastien Delogu passe huit heures en garde à vue après une vive dispute avec des policiers
PolitiqueEn Ligne 4 joursFrance Inter en grève contre un éditorialiste recruté chez Valeurs actuelles
















