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Le grand bazar aux contrefaçons de Marseille rend son dernier souffle

Quatre décennies de marchandises volées aux grandes marques s’arrêtent net. Le propriétaire du célèbre marché est condamné et l’État récupère les murs.

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Le grand bazar aux contrefaçons de Marseille rend son dernier souffle

Quatre décennies de marchandises volées aux grandes marques s’arrêtent net. Le propriétaire du célèbre marché est condamné et l’État récupère les murs.

C’est la fin d’une institution pas comme les autres. Le Marché du Soleil, cette immense galerie de 3 600 mètres carrés installée près de la gare Saint-Charles, ne rouvrira peut-être jamais ses portes. Le tribunal correctionnel de Marseille a tranché lundi et suivi les demandes du parquet. Le bâtiment, devenu au fil des ans le rendez-vous de tous ceux qui cherchaient des imitations de marques à petit prix, va fermer définitivement si la décision est confirmée en appel. Le lieu figurait même dans les guides touristiques, preuve de son étrange notoriété.

Son fondateur, Georges Dahan, 81 ans, écope de quatre ans de prison avec sursis. Ses murs sont confisqués. S’ajoutent à cela toute une cascade de sanctions financières. L’homme, qui se déplaçait avec difficulté lors de son procès en juin, s’est toujours présenté comme un commerçant dépassé par l’ampleur du phénomène. Il assure avoir donné des consignes pour tenter de juguler la fraude. Ses avocats dénoncent une décision d’une sévérité extrême. Selon eux, cette condamnation revient à une forme d’exécution du lieu, et ils s’interrogent sur un éventuel projet immobilier derrière cette affaire. Ils ont annoncé leur intention de faire appel. Trois des frères de Georges Dahan ont également écopé de peines de prison avec sursis.

Car les chiffres donnent le tournis. Après la pandémie, la vente de faux produits a envahi les lieux jusqu’à représenter sept ventes sur dix. Parfums, baskets, sacs ou vêtements arrivaient de Chine ou de Turquie. Certains étaient même floqués sur place avec de fausses marques. Le tout se monnayait sans la moindre discrétion. La société familiale qui gère le marché a vu son chiffre d’affaires passer de 700 000 euros en 2020 à 1,7 million en 2023. Les loyers versés par les 170 boutiques rapportaient environ 150 000 euros par mois à son propriétaire. Les encaissements en espèces atteignaient en novembre dernier un record avec 216 000 euros sur un seul mois, un niveau dont se vantait l’un des gardiens chargés de collecter l’argent.

Le démantèlement a été spectaculaire. En février, une opération menée par 300 agents a permis de saisir plus de 200 000 articles contrefaits. Leur valeur est estimée à 42 millions d’euros. Les portes du marché sont fermées depuis cette date sur décision préfectorale. Cette fermeture administrative a plongé le quartier au ralenti, les commerçants alentour voyant leurs clients se faire plus rares. Le coup de filet n’a pas épargné tout le monde. Une douzaine de prévenus ont été condamnés, parmi lesquels trois policiers municipaux. Ces derniers transmettaient à la gérante du marché des informations sur les contrôles à venir en échange de paires de baskets. Ils écopent de peines de 18 à 24 mois de prison avec sursis et d’une interdiction d’exercer. Une employée préfectorale, qui avait accepté de l’argent pour tenter d’empêcher la fermeture administrative, est condamnée à 18 mois de prison avec sursis.

La gérante du marché et les gardiens ont aussi été sanctionnés. L’Union des Fabricants, qui lutte contre la contrefaçon, salue une décision exemplaire. Elle voit dans ce jugement un avertissement pour les autres places connues du genre, comme le secteur des puces de Saint-Ouen aux portes de Paris. Reste une question qui fâche, celle de l’avenir de ce site en plein cœur de Marseille. L’État devient propriétaire des murs. Les habitants du quartier, eux, attendent de savoir ce qui remplacera ce dédale de stands qui a longtemps fait la réputation de leur rue. Le marché était fermé depuis plusieurs mois déjà et son destin semble scellé. Les commerçants légitimes du quartier n’entendent pas pour l’instant parler d’un projet alternatif. L’appel de Georges Dahan pourrait toutefois encore changer la donne.

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