Société
Les pompiers cessent le travail pendant six semaines pour forcer l’État à agir
Après un été de feux dévastateurs, les pompiers professionnels montent au créneau. Ils entament mardi une grève d’une durée exceptionnelle pour obtenir…

Après un été de feux dévastateurs, les pompiers professionnels montent au créneau. Ils entament mardi une grève d’une durée exceptionnelle pour obtenir plus de moyens et une vraie reconnaissance de leur métier.
C’est un mouvement d’une ampleur rare. Neuf syndicats de sapeurs-pompiers professionnels, dont huit réunis en intersyndicale, ont déposé un préavis qui court jusqu’au 20 octobre. À partir de mardi, les soldats du feu veulent peser sur les négociations, au moment même où le gouvernement doit présenter les premiers chapitres de son projet de loi sur la sécurité civile. Les secours ne devraient pas être interrompus, des réquisitions sont possibles, mais les banderoles et les messages sur les camions parleront.
Derrière la colère, une réalité budgétaire qui coince. Les services départementaux d’incendie et de secours disposent chaque année de plus de six milliards d’euros, dont plus de cinq viennent des collectivités territoriales. Les départements en assument à eux seuls 59%, ce qui crée de grandes inégalités entre les territoires. Pour les syndicats, l’État doit enfin prendre sa part, et pas seulement dans les discours.
Les revendications ne s’arrêtent pas à l’argent. Les pompiers demandent que leur activité soit reconnue comme un métier dangereux, une qualification qui leur ouvrirait des droits spécifiques. Cette année encore, plusieurs d’entre eux sont morts en intervention et des dizaines ont été blessés, notamment lors des feux géants du Sud-Ouest. L’intersyndicale exige aussi l’embauche de 21 000 professionnels supplémentaires, un chiffre calculé à partir d’un rapport de l’Inspection générale de l’administration. Autant de postes aujourd’hui occupés par des volontaires, ce qui fragilise l’ensemble du dispositif.
Le malaise est d’autant plus profond que les missions ne cessent de gonfler. Depuis 2002, le nombre d’interventions a progressé de plus de 30%, et la part du secours d’urgence aux personnes est passée de 59% à 87% de l’activité. Les pompiers ne combattent plus seulement le feu, ils sont devenus un maillon essentiel de l’aide médicale d’urgence. L’association des directeurs départementaux des SDIS alerte sur le changement climatique, qui bouleverse la nature et l’intensité des risques, pendant que la démographie et la dégradation du système de santé alourdissent encore leur charge quotidienne.
Quant au projet de loi, il suscite un espoir mesuré. Les syndicats ne s’attendent pas à un miracle. Le texte prévoit de renforcer le pilotage du secours d’urgence grâce à un contrat territorial, qui placerait la coordination entre le Samu, les ambulanciers privés, les SDIS et les associations de protection civile sous l’autorité du préfet. Il relance aussi l’idée de plateformes communes pour la gestion des appels, une vieille promesse jamais aboutie. Mais les financements structurels des SDIS brillent par leur absence, et d’autres mesures restent bloquées dans les discussions interministérielles.
Cette mobilisation arrive plus de vingt ans après la dernière grande loi sur la sécurité civile. Ce texte, né d’une concertation lancée en 2024 avec les pompiers, le Samu et les financeurs, doit selon la fédération nationale des sapeurs-pompiers changer la réalité et pas seulement les mots. Les prochaines semaines diront si la voix de ceux qui luttent contre le feu et sauvent des vies a enfin été entendue.
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