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Cuba chiffre l’addition de l’embargo américain à huit milliards de dollars

La Havane dresse un bilan record du blocus américain. Derrière les milliards, c’est toute une population qui subit la crise.

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Cuba chiffre l'addition de l'embargo américain à huit milliards de dollars

La Havane dresse un bilan record du blocus américain. Derrière les milliards, c’est toute une population qui subit la crise.

Huit milliards de dollars envolés en un an. C’est ce que Cuba dit perdre à cause de l’embargo imposé par les Etats-Unis depuis 1962. Le ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a dévoilé ce montant avant le vote annuel sur le blocus prévu à l’Assemblée générale de l’ONU. Il parle d’un record, avec une hausse de 7% par rapport à l’année précédente. Et ce bilan reste incomplet. Il ignore totalement les effets du blocus pétrolier et les sanctions les plus récentes de Washington contre l’île.

Derrière les chiffres, le chef de la diplomatie cubaine décrit un quotidien de plus en plus dur pour les 9,4 millions d’habitants. Coupures d’électricité à répétition, eau potable difficile à distribuer, transports et hôpitaux fragilisés. Il raconte même des opérations chirurgicales terminées à la lumière des téléphones portables du personnel soignant. Le taux de mortalité infantile serait passé de 4 pour 1.000 naissances en 2018 à 9,9 pour 1.000 en 2025. Pour Rodriguez, les sanctions américaines forment un plan froidement calculé qui punit la vie quotidienne de tout un peuple.

Les dégâts se voient aussi dans les secteurs qui rapportent des devises à l’île. Tourisme et mines, deux piliers de l’économie cubaine, voient les entreprises étrangères partir. Elles sont effrayées par le régime de sanctions secondaires décrété par Washington en mai contre toute société qui collaborerait avec La Havane. Côté énergie, la pression est tout aussi forte. Depuis fin janvier, les Etats-Unis menacent de droits de douane les pays qui livreraient du pétrole à Cuba. Résultat, un seul pétrolier russe serait arrivé sur l’île depuis cette date.

Et pourtant, un paradoxe frappe les esprits. Les importations cubaines venues des Etats-Unis atteignent des niveaux historiques. En juillet, Cuba a acheté pour 149 millions de dollars de marchandises américaines, du jamais-vu depuis 1992. Sur les sept premiers mois de l’année, les achats représentent 674 millions de dollars, presque l’équivalent de toute l’année précédente. Ce revirement s’explique par le secteur privé cubain, autorisé par Washington à importer du carburant américain. L’économiste cubain Daniel Torralbas, installé à Londres, y voit une situation que presque personne n’avait anticipée, avec des exportations américaines qui battent des records au moment même où Washington frappe le plus fort.

Si le rythme actuel se poursuit, le commerce entre les deux pays pourrait dépasser le milliard de dollars en 2026, une première dans les statistiques. Les achats privés de carburant ont bondi de façon exorbitante. Pour s’adapter, le gouvernement cubain a dû abandonner son monopole sur l’importation de pétrole et commence à libéraliser des pans entiers de l’économie, un virage inédit depuis l’arrivée du communisme il y a près de 70 ans. Côté humanitaire, le ministre dénonce aussi le fossé entre les promesses et les actes. Sur les 100 millions de dollars d’aide annoncés en mai par le secrétaire d’Etat Marco Rubio, un seul envoi est arrivé, un lot de nourriture et de produits d’hygiène pour 700 familles. Malgré cette situation, Rodriguez assure qu’il n’y aura pas de crise humanitaire à Cuba, comptant sur la solidarité des Cubains pour tenir.

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