Planète
Une escouade d’ibis chauves traverse l’Europe sous la conduite d’un ULM
Des oiseaux menacés doivent rejoindre l’Espagne pour passer l’hiver. Ils sont guidés par des humains qui jouent les parents à bord d’un ULM.

Des oiseaux menacés doivent rejoindre l’Espagne pour passer l’hiver. Ils sont guidés par des humains qui jouent les parents à bord d’un ULM.
Le ciel de cette fin d’été n’appartient pas qu’aux hirondelles. Trente jeunes ibis chauves ont quitté l’Allemagne pour l’Espagne, à 1 800 kilomètres de là. À leur côté vrombit un ULM, l’appareil qui leur sert de guide tout au long du voyage. Ces oiseaux-là ne sont pas comme les autres. Élevés en captivité, ils n’ont pas eu d’aînés pour leur montrer la route de la migration.
Derrière cette escadre improbable se cache un programme de sauvegarde lancé il y a plus de vingt ans par l’association autrichienne Waldrappteam. L’ibis chauve, avec sa tête sans plumes, son plumage sombre et son long bec rouge, est classé en danger par l’UICN. Autrefois présent sur le pourtour méditerranéen, il a vu ses prairies rétrécir sous la pression humaine. Aujourd’hui, en Europe, il vit surtout en captivité. Pour le ramener à la vie sauvage, il faut d’abord lui montrer le chemin.
La méthode demande un sacré dévouement. Chaque printemps, l’équipe récupère les oisillons du zoo de Rosegg, en Autriche, deux à huit jours après leur naissance. Deux femmes s’en occupent ensuite en portant toujours un haut jaune, pour que les oiseaux les reconnaissent. Elles les nourrissent, les soignent presque sans arrêt et les habituent au bruit du moteur. Quelques mois plus tard, les jeunes ibis s’élancent derrière l’ULM. Le biologiste Johannes Fritz, qui pilote le projet, explique que les oiseaux ne suivent pas vraiment l’appareil. Ils suivent leur parent humain installé dedans.
Chaque étape est une petite expédition. Une quinzaine de personnes accompagne le convoi, installe et démonte la volière, reprend la route quand le mauvais temps empêche de voler. Cela ne bloque pas la mémoire des oiseaux, qui enregistrent les coordonnées du voyage. Tous portent en plus une balise GPS pour éviter de les perdre. Si l’un d’eux s’éloigne, une mère adoptive l’appelle en criant « Komm, Komm, Waldy » et en envoyant un signal lumineux.
L’objectif ne s’arrête pas à l’arrivée. Quinze ibis doivent s’installer en Catalogne et les quinze autres en Andalousie, où d’autres structures prendront le relais. Pour l’équipe, cette migration sera une vraie réussite si les oiseaux reviennent l’été prochain au point de départ et se reproduisent. Les voyages déjà menés vers l’Italie donnent de l’espoir. Cette année, 113 jeunes sont nés en liberté, une première au-dessus de la barre des cent.
Le réchauffement climatique a compliqué la donne, la route italienne devenant trop dure pour les jeunes oiseaux. Le projet a donc ouvert un deuxième corridor vers l’Espagne en 2023. Des ibis sont déjà revenus sur le site de reproduction, mais sans nicher pour l’instant. Rien d’anormal à cela. Il leur faut entre trois et quatre ans pour atteindre la maturité sexuelle, rappelle Johannes Fritz. Le début est jugé encourageant.
Cette drôle d’idée sort tout droit du cinéma. L’association s’est inspirée du film L’Envolée sauvage, sorti en 1996, dans lequel une adolescente apprend à des oies à rejoindre leur lieu d’hivernage. Une histoire tirée d’une aventure réelle. En 2019, Donne-moi des ailes a adapté la même trame à l’écran.
À lire aussi

Faits DiversEn Ligne 5 joursÀ Lille, la mairie forcée et l’Apple Store pillé
Faits DiversEn Ligne 5 joursLimoges regarde son hôtel de ville partir en fumée
CultureEn Ligne 6 joursCéline Dion referme en beauté son marathon parisien
SociétéEn Ligne 5 joursÀ Limoges, la mairie brûle et le maire accuse l’État d’avoir lâché ses policiers
SociétéEn Ligne 6 joursÉlèves, gilets jaunes et syndicats unissent leurs colères dans la rue
Faits DiversEn Ligne 5 joursDes commerces du 11e arrondissement pris pour cible après la manifestation
Faits DiversEn Ligne 7 joursÀ Marseille, la guerre de la drogue marque une pause inédite
PolitiqueEn Ligne 2 joursHollande recadre le débat sur les violences et refuse de tout imputer à LFI
















