Société
Élèves, gilets jaunes et syndicats unissent leurs colères dans la rue
Des centaines de rassemblements sont annoncés partout en France, portés par des revendications très diverses qui finissent par se rejoindre. Face au…


Des centaines de rassemblements sont annoncés partout en France, portés par des revendications très diverses qui finissent par se rejoindre. Face au risque de débordements, l’exécutif a activé une cellule de crise et impose un trajet parisien que les jeunes mobilisés refusent.
Un mois de blocages dans les établissements scolaires, des appels relayés en masse sur les réseaux sociaux et une grogne qui ne retombe pas. Voilà le décor du grand rendez-vous attendu dans les jours qui viennent, où lycéens, étudiants, gilets jaunes, militants pour le climat et syndicalistes doivent se retrouver côte à côte. Les autorités recensent des centaines d’actions envisagées un peu partout et plus de quatre-vingt-dix rassemblements encore en construction. Une convergence inhabituelle, qui pousse le sommet de l’État à redoubler de prudence.
À Matignon, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une cellule interministérielle de crise. Le ministère de l’Intérieur ne masque pas ses inquiétudes et prévient que les blocages d’axes majeurs ou d’équipements essentiels ne seront pas tolérés. Les forces de l’ordre anticipent des débordements et ont obtenu le droit d’employer les grenades assourdissantes en cas de violences urbaines extrêmement graves. Une arme qui avait justement été mise de côté pendant le mouvement lycéen.
Le vrai bras de fer se joue à Paris, sur le trajet du cortège. La préfecture de police l’a annoncé sans détour, aucun accord n’a été trouvé avec les organisateurs. Le point de blocage concerne l’arrivée, les autorités refusant que le défilé rejoigne le cœur de la capitale, du côté de l’Opéra ou de la Concorde. Un itinéraire de repli a été proposé, de la Bastille à la place de Clichy. La CGT et le Mouvement du 26 septembre pour le climat ont dit oui. Les organisations lycéennes et étudiantes, comme les gilets jaunes, ont dit non.
Pour Coppélia Moreau, du comité Ile-de-France de l’Interfac, empêcher les manifestants d’approcher les lieux de pouvoir n’a rien de normal. Eloïse Lefebvre Milon, de l’Union étudiante, appelle à garder le cap, unis face à un pouvoir et une police qui cherchent selon elle à désorganiser le mouvement sans relâche. Benjamin Ball, éditeur d’un site consacré au 17 octobre, y voit la preuve d’une peur du gouvernement. À ses yeux, ce ne sont ni les seuls gilets jaunes, ni les seuls jeunes qui se lèvent, mais le peuple tout entier.
Les chiffres donnent la mesure du moment. Hors agglomération parisienne, la police s’attend à environ cent cinquante mille participants, sous des formes très variées. Dans la capitale, les prévisions tournent autour de quarante mille personnes. Les gilets jaunes, eux, annoncent un millier d’actions pour défendre le pouvoir d’achat et espèrent peser alors que le budget se discute âprement.
Du côté des lycéens, la dynamique semblait pourtant ralentir à l’approche des vacances de la Toussaint. Le ministre de l’Éducation nationale Edouard Geffray n’a apporté aucune concession nouvelle lors d’une rencontre avec les organisations. La seule réponse concrète reste un plan d’urgence pour remplacer les professeurs absents, avec deux mille remplaçants affectés en une semaine sur les trois mille promis. L’Union syndicale lycéenne, Les Lycéens et Renouveau lycéen ont donc appelé à poursuivre, jugeant que rien ne répondait à leurs difficultés, de l’état des bâtiments à Parcoursup en passant par les emplois du temps.
Dans l’enseignement supérieur, la mobilisation tient bon elle aussi. À Lille, l’accès à Sciences Po est bloqué depuis près de deux semaines par des étudiants qui ont entassé des bacs devant l’entrée. Marie-Lou, dix-huit ans, veut croire que ce rendez-vous sera une forme d’aboutissement, avec l’espoir de voir toutes les luttes se rejoindre. La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet estime de son côté que les revendications contre la vie chère, portées par les gilets jaunes, les agriculteurs ou encore les chauffeurs de VTC, rejoignent celles de la jeunesse. Le gouvernement, lui, a prolongé jusqu’à la fin de l’année une aide de cent euros pour les gros rouleurs et accélère le versement de celle destinée aux transporteurs routiers.
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