Société
Pouvoir d’achat, Parcoursup, fiscalité, ce que les manifestants réclament vraiment
Depuis la mi-septembre, lycéens, étudiants, syndicats et gilets jaunes occupent la rue avec des demandes très concrètes. Leur dénominateur commun tient en…

Depuis la mi-septembre, lycéens, étudiants, syndicats et gilets jaunes occupent la rue avec des demandes très concrètes. Leur dénominateur commun tient en trois mots, un pouvoir d’achat en berne, des services publics à bout de souffle et un partage des richesses jugé injuste.
Les lycéens bloquent leurs établissements depuis la mi-septembre et leurs revendications touchent directement le quotidien des salles de classe. Ils veulent l’abolition ou une refonte en profondeur de Parcoursup, une réorganisation des rythmes scolaires et l’abrogation de la réforme Blanquer de 2018, celle qui a supprimé les filières au lycée. S’y ajoutent des demandes très matérielles, le remplacement systématique des professeurs absents, des effectifs allégés, des bâtiments rénovés et adaptés au climat, et le droit de manifester sans subir de répression policière. Côté gouvernement, un plan d’urgence sur le remplacement des enseignants absents au lycée a été annoncé, et une série de mesures doit être dévoilée lundi. Les grandes organisations étudiantes, Fage, Union étudiante et Unef, portent de leur côté dix revendications chiffrées à 10 milliards d’euros, dont la création de 250 000 places dans l’enseignement supérieur public, une réforme des bourses avec 200 euros de plus et la rénovation des résidences Crous décrites comme insalubres.
Sur les salaires, l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, Unsa et FSU appelle à la grève et à la manifestation le 5 novembre. Elle exige l’ouverture immédiate de négociations dans toutes les entreprises et toutes les branches pour augmenter les rémunérations et atteindre l’égalité salariale entre femmes et hommes. Les retraités doivent voir leurs pensions revalorisées, les fonctionnaires la valeur de leur point d’indice. L’intersyndicale réclame aussi un Smic plus élevé et la hausse de l’ensemble des aides sociales, APL, allocations familiales, bourses étudiantes, RSA. La CGT et Solidaires vont plus loin et veulent indexer tous les salaires sur l’inflation. Chez les gilets jaunes, le même fil revient sans cesse, celui de pouvoir vivre dignement à l’heure où le carburant, l’alimentation, l’énergie et le logement pèsent lourd sur les budgets.
Les services publics occupent une place centrale dans les revendications. L’intersyndicale demande davantage de moyens pour préparer l’avenir, former les jeunes, soigner et accompagner les aînés et affronter le dérèglement climatique. Elle plaide pour une planification environnementale et industrielle, et pour des investissements concrets dans l’adaptation de la société, végétalisation des villes, transports collectifs décarbonés. L’idée sous-jacente est simple, une transition écologique financée et pilotée plutôt que subie.
La justice fiscale revient dans toutes les bouches. L’intersyndicale veut taxer les patrimoines, les héritages et les dividendes, et réclame une évaluation, un conditionnement et un redéploiement des 211 milliards d’aides publiques. La CFDT défend un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines financiers dépassant 100 millions d’euros, la taxe dite Zucman, qui rapporterait 5,5 milliards par an, ainsi qu’un ISF climatique modulé selon l’empreinte carbone des placements, estimé à près de 15 milliards. La CGT souhaite redonner à l’impôt sur le revenu toute sa place, renforcer l’impôt sur la fortune, réexaminer l’ensemble des niches fiscales, réduire les taux de TVA et faire de l’impôt sur les sociétés un outil tourné vers l’efficacité économique et la justice sociale. FO revendique le rétablissement d’une fiscalité progressive. Le mouvement du 26 septembre, qui a organisé des marches pour le climat, veut instaurer une taxe sur les superprofits du fossile et de l’armement et un impôt climatique sur les plus grands patrimoines.
Les violences policières ont pris une place grandissante sur les pancartes au fil des semaines. Le collectif 17octobregiletjaune.net exige l’interdiction des grenades de désencerclement et des LBD contre les manifestants, la fin des interpellations de masse et des gardes à vue de mineurs. Pour la CGT, l’usage d’armes comme les grenades de désencerclement et les LBD, et de techniques de maintien de l’ordre susceptibles de provoquer des blessures graves, doit être interdit. La Ligue des droits de l’Homme demande au gouvernement d’interdire les armes mutilantes.
Enfin, la question démocratique s’invite dans les cortèges. Le collectif 17octobregiletjaune.net réclame la démission d’Emmanuel Macron et la fin d’une démocratie représentative qui, selon lui, méprise les intérêts du peuple. D’autres organisations de gilets jaunes, le collectif Unité Gilets Jaunes et l’association Yellowsphere, défendent une constitution qui protège réellement les citoyens, avec le référendum d’initiative citoyenne pour davantage de démocratie directe, et un référendum sur la sortie de l’Union européenne.
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