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Quand la Mongolie tombe en panne sèche à cause de la guerre en Ukraine
Des files de voitures qui s’étirent à perte de vue et des réservoirs qui se vident. Privée de carburant russe, la Mongolie découvre une crise énergétique…


Des files de voitures qui s’étirent à perte de vue et des réservoirs qui se vident. Privée de carburant russe, la Mongolie découvre une crise énergétique sans précédent qui bouleverse le quotidien de ses habitants.
Nasanjargal a passé cinq heures dans sa berline Toyota, à l’arrêt devant une station-service perdue dans la steppe. Ce retraité, ancien policier, n’a toujours pas atteint la pompe. Autour de lui, des dizaines de conducteurs patientent dans une chaleur qui n’arrange rien. Sa petite-fille s’agite sur la banquette arrière. Il est venu jusqu’ici, à une heure et demie de la capitale Oulan-Bator, en espérant trouver du carburant loin des grandes villes. Mais le constat est partout le même, il n’y a plus d’essence ou alors des queues interminables.
La raison de cette pénurie se joue à des milliers de kilomètres. Les frappes ukrainiennes sur les installations pétrolières russes ont sérieusement perturbé les approvisionnements de la Mongolie. Le pays dépend de la Russie pour plus de 95% de son essence. Résultat, les stocks se sont vidés, les prix ont grimpé et la saison estivale, si précieuse pour les virées touristiques, s’est transformée en casse-tête. Les Mongols qui espéraient sillonner les grands espaces doivent revoir leurs plans. Les autorités ont instauré des quotas quotidiens, interdit la constitution de réserves et mis en place un système de circulation alternée selon les plaques d’immatriculation. Autant de contraintes qui exaspèrent ceux qui n’ont de toute façon pas grand-chose à mettre dans leur réservoir.
Dans les campagnes, la crise frappe encore plus durement. Les éleveurs, qui dépendent de moteurs et de pompes pour abreuver leurs bêtes, se retrouvent sans carburant pour faire fonctionner leurs équipements. Les gouverneurs locaux tentent de donner la priorité aux touristes et aux éleveurs, mais la marge de manœuvre est mince. La Mongolie, immense territoire de 3,6 millions d’habitants, manque cruellement d’infrastructures pour s’affranchir de ses voisins. Des discussions ont été engagées avec le Kazakhstan, et la crise a poussé le gouvernement à importer du carburant depuis la Corée du Sud et la Chine. Une diversification bienvenue, mais qui ne règle pas le problème de fond selon les analystes de la sécurité énergétique.
Une lueur d’espoir existe pourtant avec la construction de la première raffinerie mongole, dont la mise en service est espérée pour 2028. Le Premier ministre a placé sa crédibilité dans la gestion de cette crise et s’est déclaré pleinement responsable de la supervision du secteur pétrolier. Mais les solutions durables passent sans doute par l’électrification des transports, même si les bornes de recharge restent rarissimes dans les vastes étendues du pays. Les camions diesel, eux, continuent d’acheminer marchandises et voyageurs. Les routiers subissent de plein fouet la flambée des prix. En quinze jours, le litre de diesel est passé de l’équivalent d’environ un euro à bien plus, quand on réussit à en trouver. Un jeune conducteur de 25 ans raconte qu’il est presque impossible de s’approvisionner en ville.
Face à cette pagaille, des initiatives solidaires émergent. Une plateforme en ligne permet désormais aux automobilistes de signaler en temps réel les stations qui ont du carburant, les prix pratiqués et les temps d’attente. Mais le nombre de pompes fermées ne cesse d’augmenter. Quelques jours après le calvaire de Nasanjargal, la station où il attendait ne servait plus que les véhicules d’urgence. Le reste du pays doit continuer à faire avec les miettes d’un approvisionnement devenu très aléatoire.
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