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Rima Hassan choisit le silence face au tribunal

La députée européenne est jugée pour apologie du terrorisme après un message publié sur le réseau X. Dès sa prise de parole, elle a dénoncé une manœuvre…

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Rima Hassan choisit le silence face au tribunal

La députée européenne est jugée pour apologie du terrorisme après un message publié sur le réseau X. Dès sa prise de parole, elle a dénoncé une manœuvre d’intimidation politique avant de se taire pour le reste de l’audience.

Une salle comble, un keffieh sur les épaules, et quelques minutes seulement pour s’exprimer. Devant le tribunal judiciaire de Paris, Rima Hassan a dressé lundi son propre portrait à la barre, celui d’une élue de l’opposition que l’on cherche à faire taire. Elle a parlé d’une « tentative d’intimidation » et de « mise sous silence d’une élue de l’opposition », avant d’annoncer qu’elle n’avait « pas d’autre choix » que d’exercer son droit au silence. Un droit qu’elle a effectivement utilisé jusqu’à la fin des débats. L’eurodéputée s’est aussi décrite comme « l’élue la plus poursuivie de la Ve République en raison de (ses) prises de position politique ».

Ce procès découle d’une publication sur son compte X, suivi par 420 000 abonnés. Le 26 mars, la juriste de formation y partage une citation attribuée à Kozo Okamoto, un Japonais engagé dans la cause palestinienne et l’un des auteurs de l’attentat de l’aéroport de Tel-Aviv en 1972. Le texte affirme notamment que « tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir ». Le message est signalé au parquet, puis par l’Organisation juive européenne et la Licra. Une semaine plus tard, la garde à vue de l’intéressée provoque une vague de réactions.

La militante de la cause palestinienne a profité de sa courte allocution pour régler un autre compte. Elle reproche au parquet de refuser d’ouvrir une information judiciaire pour éclaircir l’origine de fuites publiées pendant sa garde à vue, qui faisaient état de drogue dans son sac, une information fausse. Elle a de son côté déposé plainte contre le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui nie toute participation à la diffusion de ces éléments. La semaine dernière, elle a été entendue par l’IGPN au sujet de la violation du secret de l’enquête. Selon elle, cette procédure en flagrant délit constitue « une première pour une élue européenne », et elle fustige « l’agenda politique documenté » des parties civiles.

Elles sont une dizaine d’avocats à lui faire face, pour la Licra, l’Organisation juive européenne ou encore l’Observatoire juif de France. Les premières heures, consacrées à la régularité de la procédure, ont donné lieu à des incidents, des invectives et des suspensions d’audience. Son conseil, Vincent Brengarth, a contesté un montage juridique qui, selon lui, permet de contourner l’immunité parlementaire dont l’élue se prévaut. Il a aussi dénoncé une « asymétrie procédurale » et des parties civiles « pas neutres », évoquant les liens supposés de plusieurs d’entre elles avec Israël. Il a brièvement quitté la salle après ce qu’il a qualifié de « remise en cause de sa probité » par Galina Elbaz, avocate et présidente de la Licra, laquelle avait regretté à la barre un « scope antisémite » et des « propos complotistes ». Lors d’une suspension, le conseil s’est fait traiter de « salopard » par le président de l’Observatoire juif de France. Pour l’avocat de cette association, Julien Bensimhon, le message de Rima Hassan serait même le premier d’un responsable politique de premier plan à faire « l’apologie à ce point d’un terroriste depuis les attentats de novembre 2015 ».

Le dossier s’inscrit dans un contexte de guerre. Les prises de position de la figure de LFI renvoient à l’attaque du 7 octobre 2023 sur le sol israélien, qui a fait 1 221 morts, et à l’offensive menée en représailles à Gaza, où le ministère de la Santé du territoire recense plus de 74 000 morts, des chiffres jugés fiables par l’ONU. Régulièrement accusée d’antisémitisme en raison de ses positions très critiques envers Israël, Rima Hassan est une habituée des affrontements sur X, où elle a publié un peu plus de 1 200 messages cette année. Une vingtaine de plaintes la visant ont été classées sans suite par le parquet de Paris, et elle figure elle-même comme victime dans une dizaine de procédures.

Avant de regagner sa place, elle a laissé une dernière phrase, la seule qu’elle prononcera sur le fond. Elle continuera, dit-elle, « inlassablement à soutenir qu’il est inacceptable de se réjouir de la mort de civils tant israéliens que palestiniens ». Puis plus rien. Le procès doit durer deux jours.

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