Planète
Bornéo étouffe sous une fumée qui ferme les écoles et vide les stocks de masques
À Bornéo, des incendies de forêt géants empoisonnent l’air de toute une île. Entre cours à distance, hôpitaux débordés et villages qui s’organisent, trois…


À Bornéo, des incendies de forêt géants empoisonnent l’air de toute une île. Entre cours à distance, hôpitaux débordés et villages qui s’organisent, trois habitants racontent la crise.
Le ciel est gris, la gorge brûle et l’horizon disparaît. Côté indonésien comme côté malaisien, Bornéo suffoque sous une épaisse fumée toxique, attisée par des incendies de forêt d’une rare violence. Le phénomène El Niño, l’un des plus puissants depuis des décennies, a transformé la saison en fournaise sans pluie. Résultat, des millions de personnes se retrouvent privées de ce qu’il y a de plus essentiel, une eau potable, un air respirable et parfois même l’accès à l’école.
À Pontianak, capitale de la province de Kalimantan occidental, l’enseignante Syarifah Hatifah regarde ses élèves depuis un écran. Son collège est fermé, comme des centaines d’autres dans la région. Cela fait trois semaines que les cours se font à distance, et c’est déjà la deuxième fois cette année. Pour cette directrice adjointe de 57 ans, qui encadre environ 600 élèves, c’est la fermeture la plus longue de toute sa carrière, qui dure depuis 30 ans. Quelque 200 000 élèves sont concernés. L’école espère que rester enfermés protège les enfants de la poussière et de la fumée. Mais tout le monde n’a pas une connexion stable, un ordinateur ou de l’électricité. Certains oublient de recharger leur téléphone, d’autres vivent trop loin pour capter un signal. Alors l’établissement prévoit des cours de rattrapage gratuits une fois le retour en classe possible. Syarifah croise les doigts pour que la pluie arrive enfin, comme chaque année vers octobre ou novembre.
De son côté, Iwansyah gère la santé publique dans le district de Kubu Raya, quelque 700 000 habitants répartis sur 123 villages. Son équipe soigne en priorité les infections respiratoires aiguës. Depuis début septembre, plus de 1 400 patients ont déjà été pris en charge, alors qu’en août ils étaient plus de 6 000. Chaque jour, environ un millier de masques sont distribués. Mais les stocks fondent. Le district a réclamé des renforts au gouvernement provincial et invite les habitants à acheter leurs propres protections. La sécheresse complique encore la donne. L’eau potable manque, et les cas de diarrhée se multiplient, avec 225 recensés depuis le début du mois.
Dans le village de Lintang Batang, près de Pontianak, le combat se livre les pieds dans la tourbe. Yonas, chef adjoint du village, dirige des bénévoles épuisés. Un incendie de tourbière brûle depuis quatre jours et les moyens manquent cruellement. Les villageois ont mis leurs économies en commun pour acheter une motopompe, des tuyaux et du matériel. Mais cela ne suffit pas. Ils se rabattent sur des seaux, faute de mieux. Yonas réclame de la nourriture, des masques et surtout des tuyaux supplémentaires. La fumée qui recouvre le village, dit-il, est très dangereuse pour ceux qui y vivent. Et tant que la pluie ne viendra pas éteindre ce qu’ils ne peuvent pas éteindre eux-mêmes, le danger restera là, au-dessus de leurs têtes.
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