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La picanha de Lula lui revient en boomerang dans la campagne brésilienne

Lula avait fait d’un simple morceau de boeuf le symbole de son retour. La flambée des prix transforme cette image en boulet électoral.

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La picanha de Lula lui revient en boomerang dans la campagne brésilienne

Lula avait fait d’un simple morceau de boeuf le symbole de son retour. La flambée des prix transforme cette image en boulet électoral.

En 2022, Lula avait trouvé une image qui parlait au plus grand nombre. Le retour de la picanha, ce fameux morceau de boeuf que les familles brésiliennes aiment faire griller le week-end, devait accompagner sa reconquête du pouvoir. Quatre ans plus tard, cette promesse s’est retournée contre lui. Dans les étals, la pièce se vend entre 80 et 110 reais le kilo, soit environ 13 à 18 euros, et elle a pris près de 10% depuis le début de l’année. Les électeurs populaires qui avaient cru à ce discours regardent le prix et tournent la tête.

La picanha n’est pourtant pas un steak comme les autres. Dans ce pays, elle symbolise la réussite et le plaisir du dimanche. Mirne Franco, qui dirige une boucherie à la périphérie de Brasilia, résume la situation avec des mots simples. Manger ce morceau, dit-elle, c’est manger comme les riches. Le Brésil est le premier exportateur mondial de viande bovine et le deuxième producteur de la planète. On peut donc produire beaucoup de boeuf et ne pas pouvoir s’en payer chez soi. C’est exactement cette contradiction qui rend la promesse de Lula si sensible. Lucas da Silva, 23 ans, grillardin dans un restaurant de la capitale, en est arrivé au même constat. Il a voté pour le président en 2022, mais il ne votera plus pour lui. La viande est trop chère et rien ne change à ses yeux.

L’opposition, elle, est servie. Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro et rival de Lula pour le scrutin d’octobre, l’a parfaitement compris. Il se déplace avec un grand plat de picanha et le fait servir à la presse. Son message tient en une phrase. Puisque Lula n’a pas apporté ce morceau de boeuf, lui l’apporte. Le camp conservateur pousse le curseur encore plus loin avec une vidéo virale. Une femme, à la caisse d’un supermarché, n’a pas assez d’argent pour payer un paquet de viande de la marque Promesse. Elle doit le laisser derrière elle. Les images ont été vues des millions de fois.

Face à cette offensive, le président de gauche, âgé de 80 ans et candidat à un quatrième mandat, répond avec des statistiques. Son gouvernement fait valoir une inflation des aliments plus modérée que celle des années Bolsonaro. Elle atteint 4% en moyenne sur ses trois premières années, contre plus de 11% sur les trois dernières du mandat de son prédécesseur, période marquée par la pandémie. Lula ajoute que ses adversaires devraient suivre les données plutôt que de faire leur spectacle au supermarché. Le chômage est historiquement bas et l’inflation reste contenue. Mais les indicateurs donnent aussi des signaux inquiétants, avec une croissance de seulement 0,5% au deuxième trimestre et une consommation qui faiblit.

Derrière les moyennes, la colère se mesure au quotidien. Un sondage réalisé en septembre indique que 67% des Brésiliens ont senti l’augmentation des produits alimentaires au cours du mois écoulé. Dans les boucheries, on s’adapte. Les grosses pièces sont découpées pour être vendues en plus petites portions, mais le mal est fait. Mirne Franco résume les fractures. Le pauvre, dit-elle, ne connaît la picanha que de réputation. Les classes moyennes, elles, hésitent à en prendre plus d’un kilo. Marcela Alves Cesar, secrétaire au Parlement, adore le boeuf. Elle a pourtant de plus en plus souvent recours au poulet, qu’elle juge moins cher et plus sain. Le 4 octobre, elle compte voter pour Flavio Bolsonaro. Une décision qui doit beaucoup à l’état des comptes à la fin du mois.

Tout le monde ne lit pas la promesse de la même manière. Robson Carvalho, chercheur à l’Université de Brasilia, y voit une formule imagée. La picanha représentait le combat contre la vie chère, pas un engagement littéral sur le prix d’un steak. Carlos Roberto dos Santos, un éleveur de Barretos qui possède 1.500 têtes de bétail, retient surtout l’amateurisme politique. Le cours du boeuf obéit au marché, et Lula le savait. Cette promesse était populiste, assène-t-il. Qu’elle soit symbolique ou non, elle est devenue un vrai sujet de campagne. Et elle pourrait bien peser sur le résultat du vote.

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