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Cinquante ans après sa mort, Mao Tsé-toung reste une idole à Shaoshan

Le village natal de Mao Tsé-toung est devenu un lieu de pèlerinage pour ses admirateurs. Des chrysanthèmes, des bouteilles d’alcool et des cigarettes…

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Cinquante ans après sa mort, Mao Tsé-toung reste une idole à Shaoshan

Le village natal de Mao Tsé-toung est devenu un lieu de pèlerinage pour ses admirateurs. Des chrysanthèmes, des bouteilles d’alcool et des cigarettes s’amoncellent au pied de sa statue.

Il y a un demi-siècle, Mao Tsé-toung s’éteignait. Dans le village de Shaoshan, au cœur du Hunan, sa mémoire n’a pas pris une ride. Des cars entiers de visiteurs défilent toujours devant sa statue de dix mètres. Les offrandes s’accumulent au pied du monument. Des couronnes de chrysanthèmes, des bouteilles d’alcool, des cigarettes. Autour, les gens patientent pour s’incliner solennellement. D’autres prennent la pose, un portrait du dirigeant bien en vue.

Mao a fondé la République populaire de Chine en 1949 et il l’a dirigée pendant vingt-sept ans. Un règne aux contours sombres. Les historiens estiment que ses choix ont coûté la vie à des millions de personnes, à travers les famines du Grand Bond en avant et la violence de la Révolution culturelle. Le pouvoir n’a pourtant jamais lâché sa figure. Le récit officiel en fait un grand révolutionnaire prolétarien, celui qui a rendu sa dignité et son indépendance au pays.

Cette mémoire contrastée nourrit pourtant une nostalgie croissante. Les étudiants sont nombreux à défiler parmi les visiteurs. Leur présence dit quelque chose de l’air du temps. Dans une Chine où le logement, l’emploi et l’école pèsent lourd, l’époque de Mao revient par les souvenirs. Elle était pauvre économiquement, mais promettait l’égalité et la fierté nationale. Ces idéaux, remisés pendant des années, retrouvent des adeptes.

Sur la place, les témoignages donnent le ton. Deng a 28 ans. Il raconte un respect profond et une envie soudaine de venir pour ce cinquantenaire. C’est l’occasion d’une vie, souffle-t-il. Jing Shiming, 63 ans, est venu de Shanghai. Il rappelle une phrase simple, souvent entendue dans la région. On n’oublie pas ceux qui ont creusé le puits quand on boit son eau aujourd’hui. Cet homme voit en Mao l’artisan d’une métamorphose, celle d’une Chine pauvre et en retard devenue une nation puissante. Ouyang Qianli, une commerçante de 40 ans, renchérit. Elle parle d’un homme désintéressé, arrivé au bon moment pour ouvrir une ère nouvelle.

Le village s’est transformé en machine à souvenirs. Les boutiques alignent casquettes, badges, tee-shirts et figurines à l’effigie de Mao. Son visage est partout. Sur les billets de banque, dans les voitures, sur la place Tiananmen. À Shaoshan, la modeste maison natale du dirigeant, posée au bord des rizières, voit défiler de longues files de curieux. L’ancien enfant du village y a travaillé avant de changer le pays.

Une autre cérémonie, plus militante, a attiré environ un millier de personnes devant la statue. Beaucoup portaient de vieux portraits du dirigeant ou serraient des exemplaires du Petit Livre rouge, le recueil de citations qui a marqué la Révolution culturelle. Des drapeaux rouges flottaient dans la foule. Des slogans ont éclaté. « Vive le président Mao », ont scandé les voix, pendant que certains levaient le poing et entonnaient des chants révolutionnaires.

Reste le poids des années sombres. Johnny Wei, 30 ans, observe sa génération. Elle plie sous la pression, dit-il, alors elle cherche dans le passé des repères qui apaisent. Ouyang Qianli reconnaît une forme d’amnésie douce. Quand la vie s’améliore, on écarte les mauvais souvenirs sans s’en rendre compte, explique-t-elle. Deng préfère, lui, une lecture apaisée de l’histoire. La Révolution culturelle est controversée, admet-il, mais elle s’inscrit dans le tâtonnement d’un homme qui ne cessait de chercher une voie pour la Chine. À ses yeux, Mao voulait une société idéale, plus juste et plus équitable. C’est ce rêve, cinquante ans après, qui continue d’attirer les foules dans son village.

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