Faits Divers
Violences dans le périscolaire parisien, la mairie rattrapée par la justice
Des familles ont porté plainte contre la Ville de Paris, son maire Emmanuel Grégoire et son ancienne édile Anne Hidalgo. Le parquet a ouvert des…


Des familles ont porté plainte contre la Ville de Paris, son maire Emmanuel Grégoire et son ancienne édile Anne Hidalgo. Le parquet a ouvert des investigations pour établir ce que ces responsables savaient des défaillances qui ont exposé de tout jeunes enfants à des animateurs mis en cause.
Trois plaintes sont arrivées sur le bureau du parquet de Paris, a confirmé la procureure Laure Beccuau, qui annonce que les investigations sont lancées. Elles visent la municipalité et plusieurs de ses responsables. Le collectif MeTooEcole a réuni une quinzaine de familles, dont les enfants sont scolarisés dans des écoles des 9e, 11e et 15e arrondissements. Leur plainte cible la Ville de Paris, Emmanuel Grégoire, Anne Hidalgo, dont il fut l’adjoint pendant six ans, ainsi que Patrick Bloche, longtemps chargé des affaires scolaires à l’Hôtel de Ville et premier adjoint de l’ancienne maire. Ces familles demandent à la justice de déterminer ce que ces élus savaient des dysfonctionnements du périscolaire.
Les griefs sont lourds. La plainte évoque la mise en danger délibérée d’autrui, la non-assistance à personne en danger et la non-dénonciation d’infraction, pour des enfants parfois âgés de deux à quatre ans. Face à ces accusations, Anne Hidalgo, par la voix de son avocat Patrick Klugman, se dit favorable aux investigations. Non pour se défendre d’une infraction qui, selon lui, ne peut lui être reprochée, mais pour permettre à la vérité d’éclore. Elle s’était dite aux côtés des familles, sans présenter d’excuses. L’entourage d’Emmanuel Grégoire n’a pas souhaité réagir. Tous deux seront entendus prochainement dans le cadre d’une enquête sénatoriale.
L’affaire a pris une ampleur nationale. Depuis le début de l’année, cent trente-deux animateurs ont été suspendus, dont cinquante-deux pour des suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Le nouveau maire a répondu avec un plan de vingt millions d’euros contre les violences sexuelles dans le périscolaire, qu’il présente comme sa priorité numéro un, et une formation de cent heures destinée aux animateurs. Sur le volet pénal, plus de deux cents enquêtes sont en cours dans les écoles primaires et les crèches de la capitale.
Beaucoup de familles dénoncent la lenteur de la réponse judiciaire. La procureure reconnaît que le fonctionnement de l’institution peut lui-même devenir une source de traumatisme lorsqu’il n’est pas compris. Un plan d’action réunissant policiers, magistrats, médecins et avocats a été signé pour limiter cette « victimisation secondaire », ce préjudice qui ne naît pas de l’infraction dénoncée mais de la réponse défaillante du système. Mieux informer les parties civiles en fait partie. Dans un dossier où la parole des enfants est précieuse, il s’agit de prendre le temps d’expliquer aux parents le déroulé des auditions, pourquoi ils ne se tiennent pas aux côtés de leur enfant, et de leur indiquer les étapes à venir plutôt que de répéter qu’une enquête est en cours. La magistrate met aussi en garde contre l’idée trop simple d’une parole contre une autre. Une enquête menée avec soin peut, dit-elle, dépasser cette impression et faire émerger la vérité.
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