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NAZA, le mot qui dit combien de civils on accepte de tuer

Un documentaire présenté à Venise donne la parole à vingt-quatre agents des services secrets israéliens, visages masqués et voix transformées. Leurs…

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NAZA, le mot qui dit combien de civils on accepte de tuer

Un documentaire présenté à Venise donne la parole à vingt-quatre agents des services secrets israéliens, visages masqués et voix transformées. Leurs récits décrivent une surveillance technologique poussée à l’extrême, mise au service de frappes qui n’épargnent pas les familles.

Le film porte un nom. NAZA. Dans le vocabulaire de l’armée israélienne, ce terme désigne le nombre de civils que l’on accepte de tuer lors d’une frappe aérienne. Réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, déjà derrière le primé No Other Land, le documentaire s’appuie sur les témoignages de vingt-quatre soldats et officiers des renseignements. Tous ont parlé de nuit, depuis les toits de Tel-Aviv. Leur voix et leur apparence ont été modifiées. À l’écran, seules des silhouettes noires, face au réalisateur qui conduit les entretiens.

Ce qu’ils décrivent, ce sont les rouages. Repérer des personnes présentées comme des membres du Hamas, mais aussi leurs proches, en passant par leurs téléphones. Des logiciels, certains s’appuyant sur l’intelligence artificielle, ont permis d’ouvrir des portables et d’écouter ce qui se disait dans un appartement. Jusqu’aux derniers instants de femmes, d’hommes et d’enfants sur le point d’être bombardés. « Ils abattaient des édifices entiers, ce n’était pas un problème », raconte l’un des agents. « Il n’y avait pas de problème NAZA. »

Pour la co-réalisatrice Rachel Szor, ces voix brisent une illusion. Celle d’un analyste enfermé loin du terrain, ignorant tout. « D’une certaine manière, ils savent énormément », dit-elle. Le film montre aussi que cette surveillance de masse ne commence pas le 7 octobre 2023. Israël gère les infrastructures de télécommunications palestiniennes. Ce pouvoir ne se limite pas au contrôle physique des territoires, il passe aussi par les réseaux.

Les témoignages racontent ensuite une bascule. Aux frappes dites ciblées, avec des systèmes présentant jusqu’à 15 % de risque d’erreur, succède une logique de destruction totale. Un militaire évoque une « zone d’annihilation », une politique consistant à tout raser le plus vite possible. « Nous avons effacé l’histoire », lance-t-il. Un autre affirme que jusqu’à 500 personnes ont pu mourir dans une frappe visant un seul objectif humain.

Devant ces faits, la plupart se retranchent derrière leur fonction. « Je n’étais qu’un petit rouage », « mon rôle est technique », répètent-ils, en précisant appartenir à des unités d’élite. Le réalisateur demande à l’un d’eux s’il ne décrit pas, en réalité, un massacre de masse. La réponse tombe, sèche. « C’était un jeu. »

Le documentaire rappelle le bilan. Plus de 73 000 Palestiniens tués dans la bande de Gaza depuis 2023. L’attaque du 7 octobre, elle, a fait 1 221 morts sur le sol israélien. Yuval Abraham estime que le nombre réel de victimes palestiniennes est bien plus élevé. Pour lui, ces politiques visent à pousser les Gazaouis vers les 30 % du territoire encore hors du contrôle direct d’Israël, puis à les en faire sortir. Il l’affirme. Les massacres de civils continuent.

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