Monde
Un mur de béton et de barbelés pour verrouiller la frontière entre Thaïlande et Cambodge
Un ouvrage long de huit kilomètres s’élève le long de la limite disputée par Bangkok et Phnom Penh, pour tarir les trafics. Dans les villages traversés…

Un ouvrage long de huit kilomètres s’élève le long de la limite disputée par Bangkok et Phnom Penh, pour tarir les trafics. Dans les villages traversés, on accepte de perdre un peu de terrain en échange d’un peu de sécurité.
À Chanthaburi, province de l’est de la Thaïlande, une muraille de béton armé de 3,6 mètres de haut barre désormais le paysage sur huit kilomètres. Des barbelés la surmontent. L’armée thaïlandaise a lancé ce chantier au lendemain des affrontements meurtriers de l’an dernier, le long d’une frontière de 800 km que les deux voisins n’ont jamais cessé de se disputer.
Officiellement, il s’agit de fermer la porte aux trafics. Le capitaine Prachya Hantiem, à la tête d’une unité de la Marine royale, explique que la construction doit empêcher les activités clandestines, en premier lieu la traite d’êtres humains et la contrebande. Il assure que l’ouvrage se trouve entièrement sur le sol thaïlandais, que chaque mètre avancé respecte la loi et reste contrôlable, et que les militaires cambodgiens inspectent le chantier à chaque étape. Les deux pays ont signé un cessez-le-feu fin décembre. Chacun reproche à l’autre de ne pas s’y tenir.
Le tracé remonte pour l’essentiel à une époque où la Thaïlande s’appelait encore le Siam et où la France administrait le Cambodge, colonie d’Indochine de 1863 jusqu’au milieu des années 1950. Des portails ont été ménagés dans le mur pour ne pas engloutir les bornes anciennes. Sur certains blocs de pierre, les mots « Siam » et « frontière », gravés en français, restent lisibles.
Le mur coupe des terres cultivées. À quelques pas, un hameau de moins de 200 âmes vit de maïs et de fruits, durian et longane surtout. Ses habitants reconnaissent que l’ouvrage a grignoté des parcelles le long de cette frontière poreuse, sans pour autant le rejeter. « On accepte de perdre un peu de terrain pour gagner en sécurité », lâche Suwin Muangmeung, commerçante de 62 ans, qui admet ne pas savoir précisément où passe la ligne. Le chef du village, Itchira Aranchaiyasiri, abonde dans ce sens. La clôture, dit-il, rassure au quotidien, d’autant que les plantations longent la limite. Nul ne sait quand les deux pays se réconcilieront ni quand le dialogue reprendra vraiment. En attendant, elle aide. Il faudra s’adapter aux désagréments.
Les combats ont laissé des traces. La Thaïlande a bouclé sa frontière après les violences de 2025, qui ont jeté plus d’un demi-million de personnes sur les routes. La plupart sont rentrées depuis. Vingt mille Cambodgiens vivent toujours loin de chez eux. Suwin se souvient de cet exode de réfugiés fuyant la chute du régime khmer rouge en 1979. « J’étais plutôt indifférente aux combats quand j’étais jeune. Mais quand je vois les pertes des affrontements récents, mon cœur se serre. » Elle interroge régulièrement les soldats qui passent à sa boutique. Leur réponse tient en un conseil, être prudente. Chez elle, un bunker attend, au cas où.
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