Politique
Sénatoriales, le RN veut sa place pendant que droite et gauche se divisent
Les candidatures pour les sénatoriales du 27 septembre sont déposées. Le Rassemblement national espère y décrocher son premier groupe, tandis que la…

Les candidatures pour les sénatoriales du 27 septembre sont déposées. Le Rassemblement national espère y décrocher son premier groupe, tandis que la droite et la gauche tentent de masquer leurs fractures.
Le compte à rebours est lancé. Vendredi, les prétendants au Sénat ont rendu leur copie en préfecture, avec une limite fixée à 18 heures pour les derniers retardataires. Le 27 septembre, une soixantaine de départements et de territoires d’outre-mer renouvelleront 178 des 348 sièges de la chambre haute, soit un peu plus de la moitié. Ce rendez-vous a ceci de particulier qu’il combine scrutin majoritaire et proportionnel, et qu’il se joue devant un collège de 93 000 grands électeurs, essentiellement des élus locaux. Autant dire un mode de désignation qui échappe au grand public et produit des rapports de force bien éloignés de ceux de l’Assemblée.
La vraie tension monte à l’extrême droite. Fort de ses bons scores aux municipales, le Rassemblement national a déployé ses troupes pour grappiller des sièges à la droite sur ses terres de conquête, des Alpes-Maritimes au Var en passant par le Vaucluse. Le parti de Marine Le Pen veut franchir le cap des dix sénateurs, contre trois aujourd’hui, et constituer enfin un groupe parlementaire. Une première dans son histoire, et un succès qu’il aimerait faire peser sur la route de l’Élysée. « Il est anormal que le premier parti de France n’ait pas de groupe au Sénat », plaide son directeur de campagne Ludovic Pajot, qui réclame un « rééquilibrage démocratique » et mise sur « la division de la droite » pour s’ancrer dans les territoires.
Cette division, la droite ne la cache plus. Les Républicains et leurs alliés centristes devraient conserver leur confortable majorité, mais les tiraillements nationaux s’invitent dans les listes locales. Les Bouches-du-Rhône en offrent un cas d’école. Gérard Larcher, président LR du Sénat, y défend une liste d’union portée par le président de région Renaud Muselier, où droite et centre avancent ensemble. Sauf que Valérie Boyer, élue LR qui devait y figurer en troisième position, a choisi de faire cavalier seul pour incarner une droite « libre », détachée du macronisme. Sa candidature est soutenue par Bruno Retailleau, lequel mène pourtant en Vendée une alliance avec les centristes de l’UDI et d’Horizons, tout en écartant tout ralliement à Édouard Philippe pour la présidentielle. « La division, c’est toujours un poison », soupire Gérard Larcher, alors que dans le Var aussi, droite et centre partent chacun de leur côté.
Le camp présidentiel n’est pas épargné. Dans l’ombre de la rivalité entre Édouard Philippe et Gabriel Attal pour incarner le bloc central en 2027, les sénatoriales font remonter les frictions. La députée Renaissance Olga Givernet, candidate dans l’Ain face à la droite, a fait part de son agacement à Emmanuel Macron devant le peu d’élan de la section locale d’Horizons. « Quand vous avez un Édouard Philippe qui en appelle au rassemblement à la Toussaint, et qu’Horizons est complètement ambivalent dans le cadre des sénatoriales, ça laisse des traces. » Roger Karoutchi, qui pilote les investitures LR, balaie pourtant ces remous. Pour lui, les grands électeurs se préoccupent avant tout de leurs enjeux locaux, et les secousses de la présidentielle ne pèsent quasiment pas.
À gauche, même éparpillement. Le Parti socialiste, première force d’opposition au Sénat, fait route avec les Écologistes dans le Rhône ou en Seine-Maritime, mais s’y oppose dans le Bas-Rhin, en Gironde et en Haute-Garonne, où un candidat divers gauche se lance en outsider avec le soutien des Verts et de La France insoumise. Le parti de Jean-Luc Mélenchon, lui, a investi des candidats insoumis un peu partout, bien décidé à se rendre « incontournable » face à ce qu’il désigne comme « la vieille gauche ».
Son entrée au Sénat n’est pourtant sans doute pas pour tout de suite. Après sa progression aux municipales, LFI devra probablement attendre 2029 et le renouvellement des sénateurs d’Île-de-France, même si son député Gabriel Amard garde quelques espoirs dans le Rhône. D’ici là, les tractations, à sept mois de la présidentielle, continueront de dessiner les contours d’une chambre haute où les rapports de force locaux pèsent autant que les ambitions nationales.
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