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Le réseau qui rêvait de renverser l’État se retrouve face aux juges

Quinze personnes comparaissent pendant trois semaines à Paris pour avoir imaginé un coup d’État et enlevé la petite Mia au printemps 2021. Leur ancien…

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Le réseau qui rêvait de renverser l'État se retrouve face aux juges

Quinze personnes comparaissent pendant trois semaines à Paris pour avoir imaginé un coup d’État et enlevé la petite Mia au printemps 2021. Leur ancien chef, Rémy Daillet, vient de voir sa demande de remise en liberté rejetée.

Le procès s’est ouvert mardi au tribunal correctionnel de Paris, et il doit durer jusqu’au 9 octobre. Dans le box, Rémy Daillet-Wiedmann, 60 ans, lunettes dorées sur le nez, se tient seul. L’ancien youtubeur conspirationniste est de nouveau derrière les barreaux après avoir enfreint plusieurs fois son contrôle judiciaire. Sa faute la plus récente, une « escapade en Provence » cet été, qu’il a reconnue lui-même lors de sa première prise de parole. C’est ce qui lui a valu de rester détenu pour toute la durée des débats.

Autour de lui, quatorze co-prévenus ont commencé à défiler à la barre. Des militaires, un professeur de physique-chimie, un intermittent du spectacle, un coach sportif, des retraités aussi. Le plus jeune a 28 ans, le plus âgé 74. Avant leurs auditions, le tribunal a projeté trois vidéos de propagande signées de leur ancien leader, où celui-ci appelait à « renverser le gouvernement ». Les images avaient été tournées en Malaisie, pendant le confinement de 2020, à l’époque où il s’était expatrié là-bas avant d’en être expulsé en 2021. Devant l’écran, l’intéressé est apparu absorbé. Sur sa chaîne, forte de 35 000 abonnés, cet ancien cadre du MoDem en Haute-Garonne défendait un « État fort » et le basculement du pouvoir, « pacifiquement ou avec effusion de sang ». Il avait surfé sur la crise sanitaire et sur la colère des « gilets jaunes ». Pour l’accusation, il a bâti un réseau hiérarchisé et clandestin d’ultradroite.

Ce réseau est sorti de l’ombre en avril 2021, quand Mia, 8 ans, a été arrachée à sa grand-mère dans les Vosges. La fillette avait été confiée à cette dernière en raison de graves négligences parentales. Elle a ensuite été remise à sa mère, Lola M., la seule femme parmi les prévenus, qui doit être entendue jeudi. Jugée pour complicité de séquestration et soustraction d’un mineur par ascendant, elle a lâché devant la cour un bref « pas bien d’être ici ». L’enfant a été retrouvée cinq jours plus tard dans un squat en Suisse. Cet enlèvement a servi de répétition générale à Rémy Daillet et à ses troupes, en vue du coup d’État à venir, codifié sous le nom « Azur ».

L’organisation reposait sur deux jambages. Une branche civile, pilotée par Adrien B., surnommé Booga, chargé de la propagande et du recrutement. Et une branche militaire, confiée tour à tour à d’anciens officiers. D’abord Francis M., candidat aux législatives de 2012 sous l’étiquette RN et antisémite notoire. Ensuite Christophe M., colonel à la retraite désœuvré. Puis Sylvain P., dit « Pitchoune », pianiste et chanteur. À côté du projet « Azur », la structure gérait en silence plusieurs chantiers, des attaques de loges maçonniques aux « restitutions » d’enfants placés, en passant par la prise de contrôle de médias. Elle visait aussi des personnalités juives comme Jacques Attali, des responsables politiques comme Édouard Philippe, mais encore des « gauchistes », des journalistes et des magistrats, sommés de « rendre des comptes au peuple ». Des sabotages, dont la destruction de deux antennes-relais 5G début 2021 près d’Aix-en-Provence et de Lyon, faisaient office d’entraînement.

Son influence dépassait le cercle des fidèles. En novembre 2020, un homme avait foncé sur la gendarmerie de Dax après avoir tagué « Tous avec Rémy Daillet » sur un mur. Le procès, lui, se poursuit jusqu’au 9 octobre.

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