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La Turquie multiplie les arrestations de militants LGBT+ et la colère gagne du terrain

Depuis dimanche, les autorités turques interpellent des militants LGBT+ à Istanbul et Ankara. Une centaine de personnes ont encore été arrêtées mardi…

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La Turquie multiplie les arrestations de militants LGBT+ et la colère gagne du terrain

Depuis dimanche, les autorités turques interpellent des militants LGBT+ à Istanbul et Ankara. Une centaine de personnes ont encore été arrêtées mardi, dont des journalistes, et les critiques affluent de l’opposition comme de l’étranger.

L’engrenage a démarré dimanche et rien ne semble devoir l’arrêter. Mardi, une centaine de personnes ont encore été arrêtées à Istanbul et à Ankara, deux jours après une première vague d’interpellations menée dans des bars gay et aux domiciles de militants. Dans la seule capitale économique du pays, 91 personnes ont été placées en détention après un rassemblement organisé à la mi-journée devant le palais de justice de Caglayan, sur la rive européenne.

Devant le bâtiment, les manifestants n’ont pas baissé la voix. Ils ont scandé « Vive la lutte pour la liberté », « Malgré la haine, vive la vie » ou encore « Libérez immédiatement les détenus ! », derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire « Être LGBT+ et s’organiser n’est pas un crime ». Deux journalistes ont été arrêtés dans la foulée, l’un travaillant pour un quotidien turc, l’autre pour une télévision publique allemande. Une consœur, interpellée dimanche à cause d’un article consacré au mouvement LGBT en Géorgie voisine, devait être entendue mardi.

En début de soirée, la mobilisation s’est déplacée à Ankara, où jusqu’à 300 militants se sont réunis. Selon une députée du DEM, le parti prokurde, vingt personnes ont été placées en détention à cette occasion. Les motifs invoqués par la justice depuis dimanche donnent la mesure du tour de vis. Les autorités parlent d’« obscénité », d’« aide à la prostitution » ou de « liens financiers avec l’étranger ». Dans le même mouvement, de nombreux comptes de réseaux sociaux tenus par des défenseurs des droits humains et des médias ont été bloqués, au nom d’opérations baptisées « Ma famille est en sécurité ».

La classe politique turque a vivement réagi. Le Nouveau Parti, dans l’opposition, a dénoncé l’usage du système judiciaire comme instrument de punition généralisée, fondé sur l’orientation sexuelle et les préférences des individus. Le DEM a estimé de son côté que le « langage de la paix » ne pouvait aller de pair avec la répression. Ce parti joue un rôle clé dans le processus de paix engagé entre Ankara et le Parti des travailleurs du Kurdistan, et sert d’intermédiaire avec Abdullah Öcalan, le chef emprisonné de l’organisation. Une position qui lui vaut des reproches d’autres formations d’opposition, qui l’accusent de ménager le pouvoir pour faire avancer ce processus, après plus de quatre décennies de guérilla.

Au sommet de l’État, le ton n’a rien d’apaisé. Recep Tayyip Erdogan, qui a proclamé la « Décennie de la famille », prend régulièrement pour cible les LGBT+, qu’il qualifie de « pervers » et à qui il impute la chute drastique de la natalité. L’homosexualité n’est pas punie pénalement en Turquie, mais elle reste largement réprouvée dans le pays, et l’homophobie s’exprime sans retenue jusque dans les plus hautes sphères de l’État.

À l’étranger, les condamnations se sont enchaînées. Après l’Union européenne lundi, le commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe a rappelé que de simples références aux « valeurs familiales » ou à la « protection des enfants » ne pouvaient justifier des restrictions aux droits humains. En fin de journée, une organisation internationale de défense des droits humains a appelé les autorités à mettre un terme à leur politique anti-LGBT+, jugeant que cette répression généralisée n’avait rien à voir avec la protection des familles et visait seulement une communauté déjà éprouvée par des décennies de discrimination et d’intimidation. À Istanbul, une manifestante de 44 ans résumait le sentiment ambiant. Alors que tant de crimes graves restent impunis, a-t-elle lancé, le gouvernement s’en prend désormais à des militants qui n’ont commis d’autre faute que d’être eux-mêmes et de défendre leurs droits ou ceux des autres.

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