Nous rejoindre sur les réseaux

Planète

Les canicules arrachent un quart de sa récolte à la moule française

Les vagues de chaleur et le manque de pluie ont privé les moules françaises de leurs ressources. La production nationale plonge d’un quart, et…

Article

le

Les canicules arrachent un quart de sa récolte à la moule française

Les vagues de chaleur et le manque de pluie ont privé les moules françaises de leurs ressources. La production nationale plonge d’un quart, et l’effondrement redouté pour 2050 frappe déjà la Méditerranée.

Dans la baie de Pont-Mahé, tout près de l’embouchure de la Vilaine, des pieux de bois s’alignent à perte de vue sur l’estran. Gilles Foucher, mytiliculteur à Pénestin, fait glisser son bateau entre les rangées. Une grue hisse les grappes de moules puis les bascule dans des caisses en plastique. Le bilan est maigre. « Sur trente kilos de moules par pieu, une vingtaine seulement partent à la vente », explique-t-il. Le reste, trop petit, ne trouve pas preneur. Pour lui, le manque à gagner oscille entre 20 et 25% d’une saison normale.

Reste à comprendre ce coup de mou. Fabrice Pernet, chercheur à l’Ifremer, décrit un engrenage simple. Quand la température grimpe, les moules brûlent davantage d’énergie. Et quand la pluie se fait rare, les sels nutritifs n’atteignent plus l’eau. Le phytoplancton se raréfie, les coquillages se nourrissent moins. La balance énergétique penche du mauvais côté.

À l’échelle du pays, le constat est tout aussi rude. Les professionnels évaluent la perte à un quart de la production, selon Le Gal, président du Comité national de la conchyliculture. Ces dernières années, la France sortait entre 49 000 et 66 000 tonnes de moules de ses élevages.

Plus au nord, dans la baie de Saint-Brieuc, Guillaume Hurtaud parle d’une année « catastrophique ». Entre 60 et 75% de sa production se sont envolés. En cause, des attaques « massives » d’araignées de mer, le réchauffement et l’acidification de l’océan. Le CO2 que nous rejetons ne se contente pas de chauffer l’atmosphère. Il se dissout dans la mer, en modifie la chimie et rend l’eau plus corrosive. La croissance des organismes calcaires, moules et huîtres en tête, s’en trouve compliquée. « La moule est de plus en plus petite. Ça fait quatre ou cinq ans qu’on le voit vraiment », observe l’éleveur. Son découragement est palpable. « Ce n’est clairement pas rentable aujourd’hui, je ne sais pas combien de temps je vais tenir. »

Le sud encaisse encore plus durement. Des conteneurs installés à l’entrée de la rade de Brest et dans l’étang de Thau simulent le réchauffement et l’acidification attendus d’ici 2100. L’an dernier, les scientifiques prévoyaient un effondrement total de la production de moules en Méditerranée à l’horizon 2050. Les canicules à répétition ont tout accéléré. Dans l’étang de Thau, la mortalité a atteint 100% cet été, sans même forcer sur la chaleur ou le CO2. Les moules placées dans les conditions prévues pour 2050 sont mortes à peine trois semaines plus tôt. L’avenir nous a rattrapés.

Le nord du pays a, pour l’instant, été épargné. Malgré une eau frôlant les 29°C fin juin dans la baie de Pont-Mahé, les moules ont tenu bon. « C’est quand même une bonne nouvelle », souffle Gilles Foucher. Il n’y voit pourtant pas de quoi baisser la garde. Il appelle au contraire à réfléchir collectivement à la façon dont la filière pourra s’adapter. Sa question est simple. « Ce qu’on a connu cet été, ce sera une année moyenne en 2050. Donc, c’est quoi la mytiliculture dans 20 ou 30 ans ? »

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus