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Le Canada se tourne vers l’Europe pour desserrer l’étau américain

Confronté à une guerre commerciale de plus en plus dure avec Washington, Ottawa cherche à Bruxelles un partenaire plus fiable. Mark Carney sera le premier…

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Le Canada se tourne vers l'Europe pour desserrer l'étau américain

Confronté à une guerre commerciale de plus en plus dure avec Washington, Ottawa cherche à Bruxelles un partenaire plus fiable. Mark Carney sera le premier chef de gouvernement invité à assister au discours sur l’état de l’Union, avant de s’exprimer lui-même devant les eurodéputés.

Le Canada ne cache plus ses intentions. Face à un conflit commercial qui s’envenime avec les États-Unis, le pays cherche de l’autre côté de l’Atlantique un partenaire sur lequel il peut vraiment compter. Il se décrit volontiers comme « le plus européen des pays non-européens », une formule que son Premier ministre, Mark Carney, a lui-même assumée.

Ce dernier s’apprête à franchir un cap hautement symbolique. Il sera le premier chef de gouvernement à assister au discours sur l’état de l’Union prononcé par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, devant le Parlement à Strasbourg. Il prendra ensuite la parole à son tour devant les eurodéputés. Ce déplacement sera aussi l’occasion d’une première rencontre avec le chef du gouvernement britannique, Andy Burnham, à Liverpool.

À Bruxelles, on voit dans cette visite un signal fort. L’eurodéputé social-démocrate allemand Tobias Cremer, à l’origine d’une résolution parlementaire réclamant une coopération renforcée entre les deux partenaires, parle d’un « symbole formidable ». Son argument est simple. Le Canada possède ce qui manque cruellement à l’Europe, à savoir l’énergie, les terres rares et les minerais.

L’Europe a elle aussi ses raisons de s’approcher. Bousculée par la présidence de Donald Trump, elle veut diversifier ses partenariats et réduire les risques, comme elle l’a fait en signant un accord commercial avec l’Inde. Le rapprochement avec Ottawa se traduit déjà par des actes, notamment la participation des Canadiens à un programme européen d’aide à l’industrie de défense. Mark Carney avait aussi été convié au grand rendez-vous de la famille européenne élargie organisé en Arménie, où il avait jugé que le Canada et l’Europe n’étaient pas « condamnés à se soumettre à un monde plus transactionnel, insulaire et brutal ». Plus anecdotique, mais tout aussi révélateur, le pays a été invité à rejoindre le concours Eurovision de la chanson et cherche l’artiste qui le représentera.

Reste une question que peu de responsables osent trancher, celle d’une adhésion pure et simple à l’Union. Un sondage a montré que 57 % des Canadiens y étaient favorables, à des degrés divers. Interrogé sur le sujet lors de la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky, Mark Carney a esquivé, assumant avec humour sa « non-réponse » sous les rires de l’assistance.

L’article 49 du traité sur l’Union européenne ouvre pourtant la porte à « tout État européen » respectant des valeurs comme la dignité humaine, la liberté et la démocratie. Encore faut-il pouvoir qualifier le Canada d’européen, ce qui n’a rien d’évident. Pour Ignacio Garcia Bercero, analyste au sein du centre de réflexion bruxellois Bruegel, cette adhésion n’est pas « vraiment une perspective réaliste ». Le Maroc en a fait l’expérience, sa candidature ayant été rejetée en 1987 au motif qu’il n’était pas un État européen. Mais resserrer les liens ne passe pas forcément par une adhésion, rappelle-t-il, en citant les cas de la Suisse et de l’Islande.

L’Europe, en tout cas, ne réglera pas tout. La dépendance canadienne au marché américain reste écrasante. Les exportations vers l’Union ne pèsent qu’un peu plus de 5 % du total canadien, contre près de 70 % pour les États-Unis. Les deux partenaires ont bien signé un accord de libre-échange en 2016, le Ceta, qui supprime les droits de douane sur 98 % des produits échangés. Mais le texte, vivement critiqué, notamment par les éleveurs français, n’a toujours pas été ratifié par l’ensemble des États membres, la France comprise. Appliqué à titre provisoire depuis 2017, il n’est jamais entré pleinement en vigueur.

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