Politique
Fête de l’Humanité, deux voix de gauche et un même fauteuil à prendre
Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel ont chacun pris la parole samedi devant les militants réunis à la Fête de l’Humanité. Derrière les discours, une…


Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel ont chacun pris la parole samedi devant les militants réunis à la Fête de l’Humanité. Derrière les discours, une bataille de légitimité se joue pour la prochaine présidentielle.
Samedi, la Fête de l’Humanité a offert à la gauche radicale deux tribunes et deux ambiances. Du côté de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon s’est adressé à une foule si dense qu’elle débordait du stand et envahissait les allées. Il a repris les thèmes qu’il martèle depuis la rentrée, le partage des richesses en tête, en plaidant pour un budget de l’État allégé des aides versées au capital sans contrepartie. Devant ce parterre acquis, il a appelé les gens du peuple à inverser le rapport de force entre classes sociales, en raillant au passage la fameuse main invisible du marché chère à l’économiste libéral Adam Smith.
Le fondateur des Insoumis a aussi visé Gabriel Attal, candidat de Renaissance, qui propose de remplacer le Code du travail par une Constitution du travail plus courte. Sa réponse, lancée sous les chants des militants, tient en quelques mots bien sentis, à savoir qu’ils s’en aillent tous. Il n’a en revanche pas prononcé un mot sur ses rivaux de gauche, qu’il devance dans les enquêtes d’opinion, parfois jusqu’aux portes du second tour. Il a préféré insister sur le sérieux de son appareil, se décrivant comme formé, éduqué, instruit, organisé et discipliné, et répétant qu’il sait ce qu’il veut faire, comment, quand et où. La veille, un débat lui avait déjà valu de chaleureux applaudissements, dans une ambiance où fleurissaient des maillots de football floqués à son nom.
Fabien Roussel a pris le relais sur la scène principale. Fraîchement candidat, il y tenait son premier meeting de campagne depuis l’annonce, devant une foule d’où sont montés quelques cris de soutien. Le patron du PCF a déroulé un projet résolument communiste, avec des nationalisations, des appels à la mobilisation populaire et l’idée de traîner le dirigeant de TotalEnergies Patrick Pouyanné devant un tribunal. Le maire de Saint-Amand-les-Eaux veut récupérer l’outil de production, nationaliser une grande banque pour financer l’économie française et, résume-t-il, obtenir le beurre et l’argent du beurre.
Il s’est aussi emparé de la dette publique, qualifiée d’énorme machine à faire taire les peuples, un sujet remis dans le débat par les Insoumis pendant l’été. Son porte-parole Léon Deffontaines promettait déjà, la veille devant la presse, du gros rouge qui tache, et un positionnement plus à gauche et plus radical que Jean-Luc Mélenchon sur les questions économiques et sociales.
Reste que le leader insoumis occupe tout l’espace. En 2022, il a récolté 21,95 % des voix au premier tour, quand Fabien Roussel en obtenait 2,28 %. Marine Le Pen ne l’a alors devancé que de 420 000 suffrages, une défaite que les Insoumis imputent à la candidature communiste autonome. Le PCF avait pourtant soutenu Jean-Luc Mélenchon en 2012 et 2017, du temps de Pierre Laurent, avant que Fabien Roussel ne décide de reprendre son propre chemin, au nom de l’affirmation communiste et des désaccords de ligne avec LFI.
L’enthousiasme, cette fois, ne suit pas. Le coordinateur de LFI Manuel Bompard assure que la base communiste se réjouissait de retrouver de la visibilité en 2022, mais qu’il ne ressent aujourd’hui aucune ferveur autour de cette nouvelle candidature. Jean-Luc Mélenchon, lui, tranche en privé. L’affaire va se régler vite, juge-t-il, persuadé que son rival rend le PCF invisible.
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