Culture
À 72 ans, John Malkovich décroche enfin son premier grand prix à Venise
L’acteur américain a reçu la coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise pour son rôle d’agent de la CIA cynique et tourmenté dans Wild Horse…


L’acteur américain a reçu la coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise pour son rôle d’agent de la CIA cynique et tourmenté dans Wild Horse Nine. Celui que l’on surnomme l’acteur caméléon était jusqu’ici resté à l’écart des grandes récompenses, malgré plus de cent rôles au cinéma.
La scène a quelque chose de réjouissant. Un comédien que le public reconnaît au premier regard, jamais primé dans un grand festival, finit par décrocher la plus belle des distinctions vénitiennes pour une composition d’agent secret rongé par ses démons. Le rôle, taillé pour son allure d’intellectuel sophistiqué et son phrasé traînant, vient couronner une trajectoire à part dans le cinéma américain.
Car John Malkovich n’a jamais vraiment joué le jeu du star system. Il a navigué entre cinéma d’auteur, grosses productions hollywoodiennes et scène théâtrale, se construisant une place singulière, à mi-chemin entre la figure familière du grand public et l’acteur culte, de la même veine qu’un Christopher Walken ou qu’un Willem Dafoe. Sa filmographie déborde de personnages contradictoires. Un tueur psychotique dans La ligne de mire, Charles VII en roi indécis dans Jeanne d’Arc, un doux colosse innocent dans Des souris et des hommes. Difficile de trouver un fil conducteur, sinon celui du transformisme.
Martin McDonagh, qui réalise Wild Horse Nine, ne tarit pas d’éloges sur lui. Il le considère ni plus ni moins comme un dieu de la comédie. Une formule qui dit assez le crédit dont Malkovich jouit chez les cinéastes, bien au-delà des trophées.
Et la retraite ? Très peu pour lui. Devant les journalistes réunis à Venise, il a balayé l’idée d’arrêter, confiant qu’il fait, et a toujours fait, ce qu’il aime, avec l’intention de continuer encore longtemps. À 72 ans, l’homme affiche donc une énergie intacte et une envie de plateau qui ne s’est jamais démentie.
Né le 9 décembre 1953 à Christopher, petite bourgade de l’Illinois au cœur de l’Amérique profonde, il doit son patronyme à ses grands-parents croates, arrivés aux États-Unis en 1913. Aîné de cinq enfants, il suit des cours d’art dramatique à l’Eastern University de l’Illinois, puis rejoint à 22 ans la troupe du Steppenwolf, à Chicago, l’une des plus novatrices du pays. C’est là que se forge une bonne part de son immense crédit artistique auprès de ses pairs. Il joue ou met en scène une cinquantaine de spectacles, dont Mort d’un commis-voyageur d’Arthur Miller, La ménagerie de verre de Tennessee Williams ou L’Ouest, le vrai de Sam Shepard, qui triomphe à Broadway.
Son premier rôle à l’écran date de 1984, dans Les Saisons du cœur de Robert Benton, où il incarne un aveugle. La performance tape dans l’œil de l’Academy, qui le nomme aussitôt à l’Oscar du meilleur second rôle. Rebelote en 1993, dans la même catégorie, pour Dans la ligne de mire. La statuette, elle, ne viendra jamais. La consécration internationale arrive en 1988, quand il prête ses traits à Valmont, séducteur raffiné des Liaisons dangereuses de Stephen Frears. Onze ans plus tard, il accepte de jouer son propre rôle dans le très singulier Dans la peau de John Malkovich de Spike Jonze, où il livre une version fantasmée de lui-même.
Même happé par le cinéma, il n’a jamais quitté les planches. Il monte des projets inclassables, à l’image de La Comédie infernale, un spectacle qui mêle théâtre, musique classique et performance scénique, et dans lequel il campe un tueur en série. Ce travail, il l’a promené sur les scènes du monde entier pendant une dizaine d’années. En parallèle, il apparaît dans de grosses machines hollywoodiennes, comme Deepwater en 2016, consacré à l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon survenue en 2010, ou dans des séries à succès telles que The New Pope, où il endosse la robe du pape Jean-Paul III.
Francophone et francophile, il a longtemps vécu dans le Luberon et fait partie, dans les années 2000, des milliers de personnes victimes d’une vaste escroquerie. Côté vie privée, il a été marié à l’actrice Glenne Headley de 1982 à 1988, avant d’épouser la réalisatrice et assistante de réalisation française Nicoletta Peyran. Le couple a eu deux enfants.
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