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À Venise, une réalisatrice rappelle que les femmes n’ont pas dit leur dernier mot

Le jury de la Mostra a choisi de braquer ses projecteurs sur une cinéaste et une héroïne longtemps restées dans l’ombre. Dans un festival bousculé par les…

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À Venise, une réalisatrice rappelle que les femmes n’ont pas dit leur dernier mot

Le jury de la Mostra a choisi de braquer ses projecteurs sur une cinéaste et une héroïne longtemps restées dans l’ombre. Dans un festival bousculé par les débats sur la parité, d’autres films ont aussi secoué les consciences.

May el-Toukhy a décroché une récompense pour « Woman Unknown », portrait d’une femme au Danemark au sortir de la guerre. Son personnage, Marie, est domestique et nourrice, promise à un riche veuf chez qui elle travaille. Tout bascule quand un secret du passé menace ce bel équilibre.

La réalisatrice a expliqué que son film traite le corps féminin comme un terrain d’affrontement et une affaire collective. Elle y voit aussi le récit de ces femmes que personne ne regarde, que l’on ignore et dont la parole est confisquée. Pour elle, les choses ont pu bouger à Venise parce que la présidente du jury, Maggie Gyllenhaal, a porté cette voix et pointé du doigt l’inégalité des chances entre cinéastes dans le métier. Dès l’ouverture de la Mostra, l’actrice et réalisatrice américaine avait qualifié cet état de fait de problème ancré en profondeur, pour expliquer la rareté des femmes en compétition.

L’actrice danoise Mathilde Arcel, qui prête ses traits à Marie, a elle aussi été distinguée. Sa performance lui a valu la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine, signe que le jury a vraiment porté ce long métrage au sommet.

Le documentaire israélien « NAZA » des journalistes d’investigation Yuval Abraham et Rachel Szor a, lui, été salué par une ovation de vingt-cinq minutes quelques jours plus tôt. Il n’a pourtant obtenu qu’un prix spécial du jury. « Ce n’est pas facile d’être ici », a confié Yuval Abraham, qui a dénoncé les attaques visant son film en Israël. Il a affirmé que depuis le début du festival, au moins six enfants avaient été tués à Gaza, avant de parler d’un massacre de masse systémique, fruit selon lui d’une volonté délibérée et d’une déshumanisation totale des Palestiniens. Bâti sur les témoignages anonymisés de vingt-quatre militaires des services secrets, le film a provoqué une onde de choc à Venise, un an après la présentation de « La Voix de Hind Rajab ».

Côté interprétation masculine, John Malkovich, soixante-douze ans, a reçu le prix du meilleur acteur. Il incarne un agent de la CIA cynique et caustique en mission au Chili juste avant le coup d’État de 1973, et c’est sa première grande distinction dans un festival international. « Wild Horse Nine » de Martin McDonagh, comme « Possible Love » du Coréen Lee Chang-dong, avait reçu un accueil critique très favorable.

Cette production Netflix, qui raconte la rencontre improbable entre deux couples issus de milieux très éloignés, a finalement remporté le Lion d’argent, la récompense la plus prestigieuse après le Lion d’or. Le prix de la mise en scène est revenu au réalisateur né en Russie Ilya Khrzhanovsky pour « DAU », fresque monumentale retraçant trente années de totalitarisme et de brutalité soviétiques. Il a dédié son trophée à Kharkiv et aux Ukrainiens qui se battent pour la liberté, la paix et la victoire, rappelant qu’il a renoncé à sa nationalité russe en 2024.

Le Français Stéphane Brizé, familier du Lido, a obtenu le prix du meilleur scénario pour « Un Bon Petit Soldat », tableau sans concession du monde de l’entreprise où les performances comptent plus que le bien-être des salariés. Il a remercié son public de l’avoir suivi dans une histoire où la course au profit génère de la souffrance, avertissant que le fascisme surgit toujours comme un vautour quand l’économie fait mal. Enfin, la jeune Malou Khebizi, vingt-trois ans, a décroché le prix du meilleur espoir pour son rôle d’adolescente borderline dans « 15/18 » du Français Cédric Kahn.

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