Nous rejoindre sur les réseaux

Politique

Anne Hidalgo face au Sénat, un mea culpa qui renvoie la faute à tout le monde

Auditionnée pendant plus de deux heures par les sénateurs, l’ancienne maire de Paris a reconnu des ratés dans ses propres services tout en désignant…

Article

le

Anne Hidalgo face au Sénat, un mea culpa qui renvoie la faute à tout le monde

Auditionnée pendant plus de deux heures par les sénateurs, l’ancienne maire de Paris a reconnu des ratés dans ses propres services tout en désignant l’ensemble des institutions comme responsables. Elle refuse de parler d’un problème systémique propre à la capitale.

Anne Hidalgo n’est pas venue défendre son seul bilan. Devant la commission d’enquête du Sénat consacrée aux violences sexuelles dans le périscolaire, l’ancienne maire de Paris a très vite élargi le cadre. Pour elle, ce sont toutes les institutions qui ont failli dans la protection des enfants. La mairie, les collectivités locales, l’Éducation nationale, la police, la justice. Douze années passées à la tête de la capitale, et un constat qu’elle présente comme partagé par tous. Un « échec collectif », dit-elle, qui appelle selon elle une seule réponse, la coopération entre services.

Sa défense tient en une phrase qu’elle martèle. Il ne serait pas honnête intellectuellement d’affirmer que rien n’a été fait entre 2015 et 2026. L’ancienne édile rappelle l’accord signé avec le procureur de la République en 2015 pour accéder aux fichiers des délinquants sexuels, la nomination de Dominique Versini comme adjointe chargée de la protection de l’enfance en 2020, ou encore le plan de prévention contre les violences sexuelles lancé fin 2025 pour corriger et renforcer les points délicats. Elle insiste aussi sur un point qui lui tient à cœur. Les maires ont besoin d’avoir le parquet à leurs côtés, notamment pour parler aux familles et éviter ce qu’elle appelle un sentiment d’abandon.

Elle concède malgré tout des failles bien réelles dans sa propre maison. Des dysfonctionnements, des chaînes d’information qui n’ont pas fonctionné. Dès 2015, un rapport de l’Inspection générale de la Ville qu’elle avait elle-même commandé avait tiré la sonnette d’alarme avec cinquante recommandations. La moitié n’a jamais été appliquée. Elle l’impute à un non-respect des consignes transmises à son administration et affirme avoir réclamé des sanctions disciplinaires contre les agents ayant mal remonté les signalements, sans jamais préciser lesquelles ont réellement été prises. Sa doctrine, explique-t-elle, était pourtant simple. La suspension immédiate de tout agent faisant l’objet d’un signalement. Elle dit aussi ses regrets de ne pas avoir rencontré les familles de victimes au printemps 2025, quand l’affaire a éclaté. Pas d’excuses à chercher, admet-elle, j’aurais dû le faire.

Son ancien premier adjoint Patrick Bloche, chargé des affaires scolaires, a été entendu le même jour. Il assure que la règle interdisant de laisser un animateur seul avec un enfant était clairement posée par la direction des affaires scolaires depuis 2017 et répétée à chaque rentrée. Sur le fond, ni lui ni Anne Hidalgo n’ont reconnu le caractère systémique des violences dans le périscolaire parisien, préférant parler d’un problème national. Une position qui a fait bondir la sénatrice LR Agnès Evren, rapporteure de la commission. À la différence des autres villes, Paris était alertée, a-t-elle lancé. Les conclusions de ces travaux sont attendues pour l’automne. Le nouveau maire PS, Emmanuel Grégoire, doit à son tour être interrogé, lui qui a engagé en avril un plan de vingt millions d’euros contre les violences sexuelles dans le périscolaire.

Les réactions n’ont pas tardé. Le collectif SOS Périscolaire dénonce une audition où la victime, ce sont les maires. Anne Hidalgo aurait pointé la responsabilité des uns et des autres sans jamais regarder la sienne, selon lui. Inès de Raguenel, conseillère parisienne LR qui préside une mission d’information transpartisane, va plus loin et fustige une incapacité à formuler la moindre excuse, dans la droite ligne d’un déni qu’elle dit entendre au Conseil de Paris depuis dix ans. L’ancienne maire devra d’ailleurs s’expliquer à nouveau devant cette mission le 9 octobre. En attendant, les chiffres continuent de tomber. Depuis le début de l’année 2026, 132 animateurs ont été suspendus, dont 52 pour des suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Plus de 200 enquêtes sont par ailleurs en cours dans les écoles primaires et les crèches de la capitale, visant des personnels de ces établissements.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus