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Dans les vignes ukrainiennes, le vin tient tête à la guerre

La Transcarpatie, à l’ouest du pays, entend rarement les bombes. Mais ses vignerons affrontent un manque de bras, des coupures de courant et un nouvel…

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Dans les vignes ukrainiennes, le vin tient tête à la guerre

La Transcarpatie, à l’ouest du pays, entend rarement les bombes. Mais ses vignerons affrontent un manque de bras, des coupures de courant et un nouvel hiver qui s’annonce glacial.

Guennadiï Vatchylia arpente les rangs de vigne à flanc de coteau en cette fin août. Il tâte le raisin, jauge sa maturité et pense à la récolte qui démarre. Nous sommes sur le domaine de Château Chizay, dans l’ouest de l’Ukraine, à deux pas de la Hongrie. Deux chantiers occupent les esprits en même temps. Ramasser les grappes, et poser des panneaux solaires.

Le pays se prépare à un nouvel hiver éprouvant. Celui qui vient de passer a été marqué par le froid et de longues plages sans électricité, causées par les frappes russes répétées sur les infrastructures énergétiques. Dans les caves du domaine, le vin vieillit dans des centaines de fûts de chêne et d’immenses cuves d’acier. La fraîcheur doit y rester constante, quoi qu’il arrive, grâce à des systèmes de refroidissement. « Nous croyons et espérons que nous traverserons cet hiver d’une façon ou d’une autre, grâce à des sources d’électricité alternatives », confie le directeur, Dmytro Choloudko.

Château Chizay sort environ 1,3 million de bouteilles par an. Du sauvignon, du muscat, du riesling. Sa signature reste le furmint, ce cépage blanc que l’on connaît en Hongrie voisine. Une robe dorée, une texture crémeuse, un goût d’abricot qui s’installe derrière des notes minérales. Les blancs règnent ici depuis toujours. Mais le réchauffement rebat les cartes. « Le potentiel pour les vins rouges a émergé avec le changement climatique », note M. Vatchylia, responsable de la viticulture. La récolte avance de deux ou trois jours chaque année.

Autre casse-tête, les bras. Des centaines de milliers d’hommes sont partis au front. Le domaine a besoin d’environ 110 saisonniers pour cueillir à la main les grappes de ses 270 hectares, étalés sur des collines vallonnées. « Nous venons de commencer la saison et nous avons grand besoin de bras, mais il est difficile d’en trouver », souffle M. Choloudko. Le milieu paie un lourd tribut. Des vignerons sont morts au front ou sous les frappes. Des parcelles ont été rasées, d’autres se trouvent sur des territoires occupés par l’armée russe. Les entrepôts prennent aussi des coups. Une frappe russe sur Kiev a endommagé un entrepôt du négociant Okwine, pour 13,5 millions de dollars de dégâts, plus de 11,6 millions d’euros selon le commerçant.

Sur la scène mondiale, l’Ukraine ne fait pas rêver comme pays viticole. Elle exporte pour 11 millions de dollars de vin par an, surtout vers la Roumanie. Elle en importe pour 200 millions de dollars. Le déséquilibre saute aux yeux. À Kiev, Serguiï Klimov parie tout sur le local dans son bar à vin. « L’Ukraine est l’un des berceaux de la vinification », assure-t-il. « Nos terroirs et nos climats sont incroyablement diversifiés. » Des rouges charpentés au sud, des blancs frais et minéraux à l’ouest. Après des décennies de vin industriel soviétique, d’une « qualité proche de zéro », il observe « un boom des vignobles ukrainiens ».

Château Chizay ne se cache pas. Le domaine confronte ses bouteilles aux concours, pour que partout « les gens puissent voir que le vin ukrainien est de la même qualité, voire meilleur, que certains vins étrangers », dit son vigneron-en-chef, Zoltan Udvarguely. Dans les vignes, des touristes ukrainiens suivent une visite guidée, goûtent, se font leur idée. « On voit de plus en plus de gens choisir des produits ukrainiens, par patriotisme, curiosité ou désir de qualité », estime M. Choloudko. Le 24 février 2022, jour du lancement de l’invasion à grande échelle, la production du tout premier pétillant devait démarrer. Sur plusieurs dizaines d’employés, dix seulement sont venus. « Mais on s’est levé et avec ces dix personnes, on a commencé à faire le pétillant », se souvient-il.

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