Europe
En Russie, un scrutin sans suspense pour mesurer la fatigue de la guerre
Du 18 au 20 septembre, les électeurs russes renouvellent leur Parlement lors d’un vote dont l’issue ne fait presque aucun doute. Derrière la victoire…

Du 18 au 20 septembre, les électeurs russes renouvellent leur Parlement lors d’un vote dont l’issue ne fait presque aucun doute. Derrière la victoire annoncée du parti de Vladimir Poutine, le Kremlin guette les signes de lassitude d’un pays éprouvé par le conflit en Ukraine.
Les Russes sont appelés aux urnes du 18 au 20 septembre pour désigner les 450 députés de la chambre basse du Parlement. Un rendez-vous qui ne s’était plus produit depuis 2021, et surtout le premier depuis le lancement de l’offensive en Ukraine en février 2022. Le parti présidentiel, Russie unie, y détient déjà une large majorité et devrait la garder sans difficulté. Le vote s’étend aussi aux territoires de l’est de l’Ukraine occupés par Moscou, que le Kremlin considère comme les siens.
L’affaire, en réalité, semble pliée. Seules ont été autorisées à concourir des formations qui soutiennent Vladimir Poutine à des degrés divers et ne remettent pas en cause la poursuite du conflit. On y trouve les communistes du KPRF, les nationalistes du LDPR, les conservateurs de Russie juste et les libéraux du parti des Nouvelles personnes. La seule organisation ouvertement hostile à la guerre, Iabloko, avait d’abord obtenu le droit de se présenter avant d’en être écartée le mois dernier, dans un climat de répression toujours plus lourd contre l’opposition.
Dans les rues de Moscou, la campagne se fait discrète. Peu d’affiches, sinon celles du pouvoir qui encouragent à voter, barrées d’un slogan vantant la voix des citoyens comme une force pour le pays. Ievdokia, étudiante moscovite de 18 ans, aurait soutenu Iabloko si le parti avait été maintenu. Elle se rabattra sur les Nouvelles personnes, un choix qu’elle résume comme le moindre mal, notamment face aux restrictions imposées à internet.
Mais l’essentiel n’est pas là. Ce scrutin servira surtout à mesurer l’agacement d’un pays face à une guerre qui a fait des centaines de milliers de morts et de blessés et qui pèse sur le quotidien de tous, y compris de ceux qui vivent loin du front. Kiev multiplie les frappes de longue portée contre les infrastructures énergétiques et des entreprises privées, jusqu’aux géants du commerce en ligne Wildberries et Ozon. Ces attaques ont tué des civils, provoqué des pénuries d’essence et causé des milliards de roubles de dégâts.
Autre source d’inquiétude, la crainte d’une nouvelle mobilisation, sur le modèle de celle de septembre 2022 qui avait concerné 300 000 réservistes. Volodymyr Zelensky a assuré qu’une telle mesure serait annoncée à l’automne, une fois le vote passé. Le président russe et son entourage ont démenti à plusieurs reprises ce scénario, très impopulaire jusque dans les cercles du pouvoir. Une spécialiste de la Russie juge peu crédible un nouveau tour de vis, le Kremlin ayant beaucoup investi pour rassurer la population sur ce point.
En exil, l’opposition a appelé les Russes opposés à la guerre à voter contre le parti de Vladimir Poutine, le 20 septembre, tous au même moment, pour rendre visible leur poids. Peu importe le score, l’enjeu pour le pouvoir est ailleurs. Une victoire offrirait au président russe la confirmation de sa légitimité et de celle du conflit, qu’aucune initiative diplomatique n’est encore parvenue à arrêter.
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