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Université gratuite ou payante, le bras de fer est lancé

Le sort de l’université française se joue en ce moment, entre partisans de frais d’inscription plus élevés et défenseurs d’une école ouverte à tous.…

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Université gratuite ou payante, le bras de fer est lancé

Le sort de l’université française se joue en ce moment, entre partisans de frais d’inscription plus élevés et défenseurs d’une école ouverte à tous. Mardi, la mobilisation s’organise dans plusieurs villes.

Un appel à la mobilisation est lancé pour mardi, à Paris comme dans plusieurs autres villes et sur des campus de toute la France. À l’origine, une intersyndicale qui réclame des financements à la hauteur des besoins et pointe le sous-financement chronique de l’État. Une source proche du ministère de l’Enseignement supérieur résume la situation sans détour, en estimant que le système touche à ses limites.

Le contexte donne raison à cette inquiétude. L’université compte aujourd’hui 1,6 million d’inscrits, contre 1,3 million en 2001. Sauf que le nombre de places offertes dans le public n’a pas suivi la même courbe, et que les caisses des établissements sont à sec. En 2025, plus de la moitié des universités affichaient un déficit, d’après l’organisation qui rassemble leurs présidents.

Alors, comment s’en sortir ? Un rapport commandé et publié en juin propose une piste. Il invite les universités à renforcer leurs ressources propres, en augmentant notamment les frais d’inscription. Ceux-ci atteignent aujourd’hui 178 euros pour une année de licence et 254 euros pour un master. Une hausse rapporterait près de 1,5 milliard d’euros, calculent les auteurs. L’idée a été reprise dans un rapport d’une commission d’enquête sénatoriale sur l’excellence académique, présidée par la sénatrice LR Laurence Garnier, proche de Bruno Retailleau, candidat à la présidentielle. Les parlementaires de gauche ont voté contre ces conclusions, publiées le 9 septembre.

Laurence Garnier assume une autre vision de la sélection. Pour elle, l’université française trie déjà ses étudiants, mais trop souvent après coup, par l’échec. Elle veut que les établissements puissent choisir le profil et le nombre de leurs étudiants. Le sujet pourrait rebondir pendant la campagne présidentielle, le ministre Philippe Baptiste plaidant lui-même pour que le statut du baccalauréat et les conditions d’accès aux études soient débattus. En pratique, la plateforme Parcoursup opère déjà une sélection, faute de places suffisantes dans certaines filières.

En face, la colère monte. Syndicats étudiants et enseignants-chercheurs dénoncent une privatisation déguisée. La gratuité des études appartient au projet démocratique, insiste Bruno Andreotti, professeur de physique à Paris-Cité. Sélectionner l’accès au savoir par l’argent créerait selon lui un immense problème, et l’idée de démassification serait la pire possible. Attaché au rôle social de l’université et des sciences, il coorganise depuis début septembre les assises pour l’université et pour la recherche, où des enseignants-chercheurs préparent un Livre blanc attendu à l’automne.

Julien Gossa, maître de conférences à Strasbourg, participe à la démarche. Son raisonnement est simple. Un modèle purement individualiste suppose des frais d’inscription en hausse et, à court terme, la fermeture d’établissements. Si l’on refuse cette voie, alors les études doivent rester gratuites et ouvertes à tous, et le financement se chiffre ensuite.

Suzanne Nidjam, présidente de la Fage, première organisation étudiante, sera dans le cortège mardi. Pour elle, la question est d’abord politique. Elle rappelle les milliards engloutis dans le service national universel, un dispositif depuis abandonné, ou dans la conquête spatiale. Autant de sommes qui, à ses yeux, pourraient servir un enseignement supérieur pensé comme un service public, loin d’un modèle qui le libéraliserait.

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