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Au Costa Rica, des milliers de lanternes contre la réforme de la justice

Plusieurs milliers de personnes ont défilé dans tout le Costa Rica pour dénoncer le projet de réforme de la magistrature porté par la présidente Laura…

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Au Costa Rica, des milliers de lanternes contre la réforme de la justice

Plusieurs milliers de personnes ont défilé dans tout le Costa Rica pour dénoncer le projet de réforme de la magistrature porté par la présidente Laura Fernandez. Une mobilisation tombée le jour de la fête nationale, alors que les relations entre le pouvoir et les juges n’ont jamais été aussi tendues.

Lanternes à la main, drapeau du pays bien haut, ils étaient des milliers rassemblés place Morazán, au cœur de San José. Le mot démocratie est revenu en boucle dans les slogans, tout comme les appels à respecter la séparation des pouvoirs. La mobilisation n’est pas restée cantonnée à la capitale. D’autres provinces ont suivi le mouvement, dans un pays longtemps présenté comme le plus stable de la région. Ce 15 septembre marquait aussi l’anniversaire de l’indépendance, obtenue en 1821.

À l’origine de la colère, Laura Fernandez. Âgée de 40 ans, politologue de droite au pouvoir depuis mai, elle assume une ligne dure face à la violence liée au narcotrafic, inspirée de la méthode du Salvadorien Nayib Bukele. Son objectif affiché passe par une refonte du pouvoir judiciaire. Sauf que le climat s’est dégradé. La présidente accuse les magistrats d’inaction et n’hésite plus à les qualifier de putschistes. En face, l’un d’eux a dénoncé une dérive autoritaire du gouvernement.

Dans la foule, les mots traduisent une inquiétude qui dépasse le simple désaccord politique. Carol Vinda, juge retraitée de 53 ans, assure n’avoir jamais vu ça, parlant d’une ingérence inédite entre les pouvoirs. Manuel Chávez, 73 ans, venu avec sa canne, résume sa crainte autrement. Selon lui, ce gouvernement veut tout le pouvoir, et il est hors de question de laisser faire. Les pancartes réclamaient le respect des pouvoirs de la République et clamaient oui à la démocratie. Des slogans hostiles à Rodrigo Chaves, l’ancien président devenu mentor de l’actuelle locataire du pouvoir, ont également fusé.

Le contexte sécuritaire explique en partie cette crispation. Longtemps considéré comme l’un des pays les plus sûrs du continent, le Costa Rica est devenu un centre logistique et d’exportation de drogues vers les États-Unis et l’Europe, selon Michael Soto, directeur de l’Organisme d’enquête judiciaire. Le pays n’est plus une simple zone de transit. Les homicides ont grimpé à un niveau jamais atteint, avec 17 morts pour 100 000 habitants, contre 11,2 en 2019. Un chiffre qui place le pays dans la moyenne de l’Amérique centrale, très loin de son ancienne réputation.

La journée a aussi donné lieu à un face-à-face symbolique. La présidente a tenu sa réunion de cabinet traditionnelle sur la grande place de Cartago, au sud-est de la capitale. Ses partisans et ses opposants s’y sont affrontés, ces derniers lui reprochant de détourner à son profit une célébration patriotique. Entre une rue qui refuse de lâcher le mot démocratie et une dirigeante déterminée à passer en force, le bras de fer ne fait que commencer.

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