Europe
Berlin, une capitale qui s’abîme et un scrutin sans promesse de miracle
Entre rues jonchées de déchets, bâtiments publics fissurés et loyers envolés, la capitale allemande encaisse des décennies de sous-investissement. Le vote…


Entre rues jonchées de déchets, bâtiments publics fissurés et loyers envolés, la capitale allemande encaisse des décennies de sous-investissement. Le vote du 20 septembre ne suffira pas à renverser la tendance.
Fin juillet, la chaleur écrase Wedding. Autour de la bouche de métro de ce quartier populaire, une dizaine de bénévoles en chasubles blanches ratissent le trottoir. En moins d’une heure, la boîte prévue pour recueillir les seringues usagées est à moitié pleine. L’opération a un nom, Sauberberlin. Elle est née au début de 2025, portée par une influenceuse de 31 ans à bout de nerfs. Ce sont des débris de verre qui ont eu raison de sa patience, après avoir déboursé près de 2 000 euros pour soigner son chien blessé.
Dans cet État-ville de presque quatre millions d’habitants, volontiers décrit comme vert, branché et agréable à vivre, la propreté s’est imposée comme un thème de campagne. Sa colère vise d’abord la Berliner Stadtreinigung, l’entreprise publique du nettoyage, qu’elle juge inutile. L’opérateur renvoie la balle aux habitants et à leurs comportements négligents. La mairie, elle, ne constate aucun dysfonctionnement et pointe le manque de civisme. Sur le terrain, les corbeilles débordent pourtant, et les slogans fleurissent, des aires de jeu sans seringues jusqu’à la propreté est une question d’honneur.
Les candidats s’en emparent. Le social-démocrate Steffen Krach, pourtant membre de la coalition au pouvoir, reproche au maire conservateur sortant Kai Wegner et à son adjoint aux finances, lui aussi en lice pour l’hôtel de ville, d’avoir complètement échoué sur l’hygiène publique. Il promet de muscler l’entreprise de nettoyage. L’écologiste Werner Graf mise, lui, sur une taxe frappant les emballages à usage unique, ces gobelets de café qui terminent dans les poubelles.
Derrière les détritus se cache un mal plus profond, la désorganisation et le manque d’investissement. La ville en a offert une démonstration restée dans toutes les mémoires, avec un scrutin de septembre 2021 si chaotique qu’il a fallu le rejouer en février 2023. Depuis, l’extrême droite progresse vite dans une capitale réputée pour son libéralisme, et plus personne ne peut espérer gouverner seul. Quatre formations se tiennent entre 16 et 21 % des intentions de vote, la gauche radicale, les conservateurs, l’extrême droite et les écologistes. Il faudra donc composer une majorité, en rapprochant des programmes difficiles à concilier.
En attendant, le bâti se craquelle. En mai, le bâtiment principal de la prestigieuse université technique a dû fermer en urgence, menacé par de graves défauts de structure. La rénovation est évaluée à 2,4 milliards d’euros, une facture que la présidente de l’établissement, Fatma Deniz, rattache directement à des décennies de retards d’investissement et de coupes dans les infrastructures publiques. Les finances municipales, elles, sont déjà dans le rouge, avec une dette de 2,2 milliards fin 2024. Le maire conservateur a ensuite imposé un budget d’austérité, dont trois milliards d’euros de coupes douloureuses sur quarante milliards de dépenses nettes.
Même la sécurité, érigée en priorité, n’est pas épargnée. Un commissariat du centre-ville a été décrit comme catastrophique, entre cadavres de rats, mites, câbles électriques rafistolés au ruban adhésif et meubles cassés. La police berlinoise reconnaît que l’ensemble de son parc immobilier réclame de lourds travaux, sans que les crédits nécessaires soient disponibles aujourd’hui. Les pistes cyclables, elles aussi, sont clairement dégradées, alors que 18 % des déplacements se font à vélo. Souvent obsolètes, trop étroites, envahies par la végétation et abîmées par les racines des arbres, résume la porte-parole berlinoise d’une association de cyclistes.
Ce délabrement dépasse largement les frontières de la capitale. L’Allemagne a longtemps bridé ses investissements avec des règles d’endettement très strictes, jusqu’à ce que le chancelier Friedrich Merz débloque, au printemps 2025, 500 milliards d’euros étalés sur douze ans pour remettre à niveau le pays et son armée, sur fond de récession et de retard technologique. À Berlin, le logement s’impose comme l’autre grand sujet. Le loyer moyen est passé de 9,02 à 15,25 euros le mètre carré entre 2016 et 2026, soit la plus forte hausse du pays. Le nombre de sans-abri a grimpé en parallèle, de 26 000 personnes en 2022 à plus de 57 000 en 2026, dont au moins 6 000 vivent à la rue.
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