Société
Violences sexuelles, la rue réclame une loi qui va jusqu’au bout
Des centaines de personnes ont manifesté lundi soir devant les tribunaux, au premier jour de l’examen en commission de la proposition de loi intégrale…


Des centaines de personnes ont manifesté lundi soir devant les tribunaux, au premier jour de l’examen en commission de la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles. Le message est simple, le texte doit être complet et s’accompagner de vrais moyens.
Elles et ils étaient un millier à Paris, rassemblés place Vendôme devant le ministère, et plusieurs centaines à Toulouse, sous la bannière de la Coalition féministe et enfantiste. Lundi soir, jour d’ouverture de l’examen en commission spéciale à l’Assemblée nationale, la mobilisation entamée début juin a repris. « On reprend la mobilisation jusqu’à ce qu’on ait une loi intégrale, avec un budget vraiment intégré », résume Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes. Pour elle, rien n’a été offert. « Tout ce qu’on a obtenu, on l’a arraché grâce aux mobilisations. Il faut maintenir la pression. »
Le texte en question compte 69 articles, portés par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez. Il s’inspire des 140 propositions formulées dès 2024 par des associations féministes et de défense des droits des enfants. L’ambition affichée est large, couvrir toute la chaîne des violences, depuis la prévention et le repérage des victimes jusqu’au jugement des auteurs. Concrètement, la proposition prévoit la détection précoce des victimes, la création de juridictions spécialisées, le renforcement des actes d’enquête et la reconnaissance de l’inceste comme crime à part entière.
Dans la foule, les attentes dépassent la seule question de la répression. Émilie Sarrand, professeure de couture de 49 ans, résume le sentiment ambiant. « Ce n’est pas possible que l’inceste et les violences sexuelles continuent dans notre pays, sans qu’il ne se passe rien. Il faut une loi qui couvre la totalité du problème, qui ne s’occupe pas seulement de la répression » mais aussi « de la prévention, la formation des personnes en lien avec les enfants ». Joël Marchand, ingénieur informaticien de 62 ans, fait partie des rares hommes présents. Il veut une adoption « le plus vite possible » et raconte comment son regard a changé. « On a mis du temps à ouvrir la boîte de Pandore concernant les violences sexuelles dans l’Eglise. Là, on se rend compte que sur le plan scolaire et familial il a un problème d’ampleur, que je n’imaginais pas. »
Régine, 66 ans, préfère rester anonyme. Elle juge que cette loi « n’est pas parfaite » mais qu’elle « représente une chance » qu’on « ne peut pas louper ». Avec une condition. « Il faut y associer des budgets », notamment « pour offrir des espaces d’écoute » aux victimes. Xavier, 48 ans, venu pour la deuxième fois, s’agace lui que le ministre de la Justice « somme les magistrats de faire plus » sans leur en donner les moyens. À Toulouse, Alexandra Nougarede, syndicaliste FSU dans l’enseignement, a rappelé un chiffre qui pèse lourd. Il faut aujourd’hui en moyenne 77 mois entre une plainte pour viol et la fin de la procédure.
Derrière cette mobilisation, il y a une affaire. Lyhanna, collégienne de 11 ans, avait été retrouvée morte dans le Gers en juin. Son violeur et meurtrier présumé, Jérôme Barella, avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineures sans être inquiété. « Cette affaire a montré qu’il existe une défaillance, un dysfonctionnement systémique. Il faut avoir une réflexion pour remettre le système à l’endroit », commente Arnaud Gallais, président de Mouv’Enfants, une organisation de victimes d’inceste. Même lecture chez Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes, pour qui « il n’y avait pas de volonté politique pour ça ». « Il a fallu qu’arrive le drame de l’affaire Lyhanna pour que les politiques cèdent. »
Le calendrier, lui, a déjà bougé. La discussion en séance publique, d’abord attendue le 28 septembre lors d’une session extraordinaire, a été repoussée à début octobre. La ministre de l’Égalité femme/homme, Aurore Bergé, dit souhaiter une adoption « avant la fin du quinquennat » et assure que le budget, estimé à 3 milliards d’euros annuels, « ne serait pas un blocage ». « La mobilisation de la société civile a payé. Il revient désormais au Parlement et au gouvernement de prendre le relais », estime Aude Doumenge, responsable du plaidoyer de Face à l’inceste. À l’issue de cette première journée d’examen, la députée Céline Thiébault-Martinez a simplement lâché que « le travail continue ».
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