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L’Europe redoute une flambée du gaz et de l’électricité, l’inflation menace de déraper

Les prix de l’énergie et de l’alimentation pourraient propulser l’inflation de la zone euro au-delà des prévisions, déjà revues à la hausse. Un…

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L'Europe redoute une flambée du gaz et de l'électricité, l'inflation menace de déraper

Les prix de l’énergie et de l’alimentation pourraient propulser l’inflation de la zone euro au-delà des prévisions, déjà revues à la hausse. Un responsable de la Banque centrale européenne prévient que l’institution agira sans hésiter dès que les chiffres le justifieront.

Peter Kazimir ne cache plus son inquiétude. Membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne et gouverneur de la Banque de Slovaquie, il estime que la hausse des prix pourrait dépasser les attentes dans la zone euro. Son regard s’est déplacé. Le pétrole et les carburants le préoccupent moins qu’avant. Ce qui le fait tiquer désormais, ce sont le gaz naturel et l’électricité, deux postes qui pèsent lourd dans le budget des ménages comme dans celui des entreprises.

Le contexte donne raison à son alarme. L’institution de Francfort a relevé ses taux d’intérêt pour la deuxième fois cette année et a revu à la hausse une bonne partie de ses prévisions d’inflation. Les marchés en ont tiré une conclusion simple, ils anticipent désormais jusqu’à trois nouvelles hausses sur les douze prochains mois. Kazimir, que l’on range parmi les partisans d’une politique monétaire stricte, ne réclame pas ouvertement de tour de vis supplémentaire. Il préfère poser une condition. La banque centrale bougera avec détermination quand les données lui donneront raison d’intervenir.

Les cours du gaz parlent d’eux-mêmes. Ils évoluent à leur plus haut niveau depuis quatre ans, le contrat de référence néerlandais sur le hub TTF s’affichant à 84 euros le mégawattheure. Les pays européens ont joué gros cet été. Ils ont traîné à reconstituer leurs réserves, en pariant sur une fin rapide du conflit avec l’Iran et sur une détente des prix. Le pari n’a pas payé. Les voilà qui se ruent aujourd’hui pour remplir leurs stockages, ce qui pousse les cours vers le haut et menace de renchérir le chauffage comme l’électricité, avec un effet direct sur l’inflation générale.

Du côté de l’alimentation, la situation surprend. La hausse des prix reste étonnamment faible pour l’instant. Mais une conjonction de facteurs se prépare, ce que le banquier central appelle une « tempête parfaite ». La sécheresse qui frappe l’Europe, le phénomène climatique El Niño, le renchérissement du diesel et des engrais, deux ingrédients indispensables à l’agriculture, devraient tirer les prix vers le haut dans les mois qui viennent. L’inflation alimentaire, si déterminante pour la façon dont les gens perçoivent l’évolution du coût de la vie et pour leurs anticipations, devrait donc s’accélérer elle aussi. Pour Kazimir, le constat est net. Les risques d’inflation penchent clairement à la hausse. Le choc énergétique dure déjà plus longtemps que beaucoup ne l’imaginaient, et ses conséquences ne se sont pas encore entièrement diffusées dans l’économie.

Un autre membre du Conseil des gouverneurs, Martins Kazaks, tient un discours proche. Selon lui, Francfort pourrait devoir relever ses taux par étapes pour freiner les prix, avant que la hausse des carburants ne se transmette aux salaires puis au reste de l’économie. Les arguments en faveur d’un resserrement supplémentaire s’accumulent, dit-il, et les taux pourraient devoir s’aventurer en territoire restrictif. Les opérateurs de marché, eux, évaluent à environ 60 % la probabilité d’une hausse dès octobre et considèrent déjà qu’une augmentation d’ici la fin de l’année est acquise.

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