Politique
Le logement social devient le théâtre d’une bataille politique après les annonces de Marine Le Pen
Réserver les HLM aux Français, abroger la loi SRU, expulser des familles qualifiées de délinquantes. Les pistes dévoilées par Marine Le Pen sur le…


Réserver les HLM aux Français, abroger la loi SRU, expulser des familles qualifiées de délinquantes. Les pistes dévoilées par Marine Le Pen sur le logement font bondir la gauche et les associations de défense des locataires, qui y voient un écran de fumée pointant les étrangers.
Le logement sera « un des grands chantiers » du quinquennat, promet Marine Le Pen. Lors de son discours de rentrée, la dirigeante du Rassemblement national a posé plusieurs mesures fortes sur la table. Donner la priorité d’accès au logement social aux Français, leur réserver les aides personnelles au logement, abroger la loi SRU, expulser les familles qualifiées de délinquantes de leur HLM. Elle souhaite aussi remplacer MaPrimeRénov’ par un prêt à taux zéro et alléger les contraintes liées aux diagnostics de performance énergétique. Des pistes qui ont provoqué des réactions immédiates, à gauche comme chez les acteurs du secteur.
« Une lubie xénophobe. » La formule est signée Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat, qui rassemble les organismes HLM, et ancienne ministre écologiste du Logement. Selon elle, le discours du RN parle en réalité très peu de logement et se sert de la crise pour désigner un bouc émissaire, les immigrés. Elle oppose un chiffre aux intentions affichées. Les étrangers représentent 15 % des locataires du parc HLM, et leur accès au logement social est même inférieur à celui des ménages français. Aucun favoritisme, donc, insiste-t-elle.
La Confédération nationale du logement, qui défend les locataires du parc social, va dans le même sens. La préférence nationale ne changera rien à la pénurie, prévient-elle, en rappelant que près de 3 millions de ménages attendent aujourd’hui un logement HLM. Faire croire que les étrangers seraient les grands responsables de la crise du logement relève du mensonge, écrit l’organisation. Un constat partagé par Jacques Baudrier, adjoint communiste chargé du logement à la mairie de Paris, pour qui la disparition de la loi SRU constituerait un recul gravissime.
Adoptée en 2000, cette loi oblige les communes de plus de 3 500 habitants, et de 1 500 dans l’agglomération parisienne, à compter 20 % ou 25 % de logements locatifs sociaux parmi leurs résidences principales d’ici 2025. Le bilan est concret. Un million de logements sociaux ont été produits entre son entrée en vigueur et 2022, soit près de 20 % du parc social actuel. Jean-Luc Mélenchon, lui, dénonce un projet qui ferait « des ghettos de riches ».
Pour Emmanuelle Cosse, ces annonces passent à côté des besoins et des réalités des Français. Si elle restait dans la réalité, la dirigeante parlerait encadrement des loyers, loyers abordables, accession à la propriété ou spéculation foncière. Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation pour le logement des défavorisés, retient trois mots pour résumer la ligne, xénophobe, ultralibérale, polluante. Jacques Baudrier ajoute un volet climatique. Une politique d’extrême droite du logement aggraverait la crise et représenterait un recul terrible pour la lutte contre le réchauffement.
Le sujet pourrait bien s’inviter dans la campagne. La priorité affichée pour le logement doit faire réfléchir l’ensemble des candidats à la présidentielle, estime l’ancienne ministre, qui rappelle que le logement est le premier poste de dépense des Français et un enjeu majeur de pouvoir d’achat. L’entourage du ministre du Logement Vincent Jeanbrun parle d’un thème au cœur de toutes les fractures françaises, et espère que les députés RN voteront le projet de loi du gouvernement destiné à libérer la construction, simplifier les projets et faire confiance aux maires.
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