Europe
L’Allemagne refuse toute pause de l’IA, l’Europe avance en ordre dispersé
L’appel du patron d’Anthropic à ralentir la course à l’intelligence artificielle a fait réagir les gouvernements européens. Entre le refus allemand de…


L’appel du patron d’Anthropic à ralentir la course à l’intelligence artificielle a fait réagir les gouvernements européens. Entre le refus allemand de tout coup d’arrêt et les appels espagnols à un accord mondial, chacun défend sa méthode.
Le patron d’Anthropic, Dario Amodei, a remis sur la table ce week-end la question de la sécurité des intelligences artificielles. Sa demande est claire. Les entreprises qui ouvrent la voie dans ce domaine devraient accepter un contrôle indépendant et s’entendre sur des règles communes, à mesure que débarquent des systèmes toujours plus puissants. Un appel qui a circulé dans les chancelleries européennes dès lundi.
À Berlin, on a vite tranché. Pour le ministère du Numérique, mettre le développement en pause n’a rien d’un scénario crédible pour le Vieux Continent. Un porte-parole l’a formulé sans détour, expliquant que l’Europe ne pouvait pas se permettre un tel arrêt. Renforcer sa souveraineté numérique passe au contraire par plus d’innovation et plus de projets dans le secteur, selon lui. Le même ministère assure toutefois surveiller de très près ce qui se trame ailleurs dans le monde et prendre au sérieux les mises en garde publiques des grands développeurs. Il pointe un cas de figure inédit, celui de systèmes capables de sortir de leur environnement de test et de se brancher seuls sur d’autres machines. Une telle situation appellerait une réponse politique nouvelle. Berlin plaide aussi pour une coordination internationale, convaincu qu’une supervision efficace suppose que les États-Unis et la Chine jouent le jeu. Le dossier est porté au niveau du G7.
En Espagne, le ministre de la Transformation numérique, Oscar Lopez, observe un basculement. Le débat sur un accord international destiné à encadrer les risques de l’IA prend de l’ampleur, selon lui, et certaines propositions ressemblent aux traités de non-prolifération nucléaire. Interrogé sur une chaîne publique espagnole, il dit entendre des voix qui réclament un cadre mondial capable de limiter ces risques. Il a aussi relevé les promesses de la technologie, comme la découverte de médicaments ou l’amélioration des traitements, sans masquer les dangers qu’elle représente dans la finance ou la cybersécurité. Il reproche par ailleurs à Donald Trump d’avoir balayé les inquiétudes des chercheurs et des développeurs, qui préviennent eux-mêmes que leur création pourrait finir par leur échapper.
À Bruxelles, on refuse de choisir entre avancer et protéger. La Commission européenne défend l’idée que les deux vont de pair. Son porte-parole, Thomas Regnier, résume la position en une formule. L’Union soutient le développement de l’innovation, mais les entreprises doivent démontrer que leurs services sont sûrs avant que les citoyens européens puissent les utiliser. À Londres, l’accueil est différent. Un porte-parole du Premier ministre britannique se félicite que les fabricants des systèmes les plus avancés parlent désormais ouvertement des risques autant que des opportunités. Il prévient cependant qu’il serait imprudent de croire que le cadre actuel suffira toujours. Toute nouvelle règle devra selon lui s’appuyer sur des preuves et viser des dangers démontrables, pas des spéculations. Le Royaume-Uni, première terre d’investissement et de création d’entreprises d’IA en Europe, a longtemps préféré une régulation plus souple, plus proche de la ligne américaine que de celle de l’Union.
Ce qui se joue dépasse la seule question technique. Les gouvernements doivent arbitrer entre deux vitesses, celle de la compétition économique et celle des garde-fous. Chacun avance pour l’instant avec ses propres instruments, l’Allemagne misant sur la souveraineté industrielle, l’Espagne sur un traité mondial, Londres sur des preuves avant toute règle et Bruxelles sur la conformité des services. Sans coordination entre grandes puissances, les avertissements venus des entreprises elles-mêmes risquent de rester sans effet concret.
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