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Un duel de juges secoue le Brésil à trois semaines de l’élection

Deux magistrats de la plus haute juridiction brésilienne se déchirent publiquement autour d’un scandale financier, en pleine campagne présidentielle. Leur…

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Un duel de juges secoue le Brésil à trois semaines de l'élection

Deux magistrats de la plus haute juridiction brésilienne se déchirent publiquement autour d’un scandale financier, en pleine campagne présidentielle. Leur bras de fer s’invite ce mardi dans une séance plénière retransmise en direct.

La Cour suprême du Brésil traverse une tempête comme elle n’en avait jamais connu, à trois semaines d’un scrutin présidentiel qui s’annonce tendu. Deux de ses juges se livrent une guerre ouverte, et leur affrontement a débordé sur une campagne où s’opposent le président sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva et Flavio Bolsonaro, le fils de son prédécesseur d’extrême droite Jair Bolsonaro. Ce mardi, les deux magistrats rivaux occupent le centre d’une séance plénière très attendue, diffusée en direct à la télévision.

Tout a basculé il y a deux semaines. Le juge André Mendonça a rendu public un rapport de police contenant les messages envoyés par Daniel Vorcaro, patron de Banco Master et soupçonné d’avoir orchestré l’une des plus grosses fraudes financières de l’histoire du pays, à un numéro attribué à Alexandre de Moraes. Dans ces échanges datés de novembre 2025, le banquier réclame de l’aide pour freiner l’enquête qui débouchera peu après sur son arrestation. Alexandre de Moraes a riposté en accusant son collègue d’abus d’autorité.

Alexandre de Moraes, 57 ans, regard sévère, crâne chauve et sourcils épais, incarne la bête noire du camp Bolsonaro. Ces dernières années, il a hérité de plusieurs dossiers lourds de la Cour suprême. En 2024, il a ordonné le blocage du réseau social X pendant quarante jours, faute de respect des décisions de justice contre la désinformation. Elon Musk l’a alors comparé à Voldemort, le méchant de Harry Potter, et traité de dictateur, un qualificatif repris par Jair Bolsonaro et son fils Flavio. L’an dernier, c’est lui qui a conduit le procès ayant abouti à la condamnation de l’ex-président à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État. En 2023, il présidait le Tribunal supérieur électoral quand l’instance a rendu Jair Bolsonaro inéligible pour abus de pouvoir.

Nommé à la Cour suprême en 2017 par le président de centre-droit Michel Temer, dont il fut ministre de la Justice, il a d’abord été contesté avant d’être encensé pour son action face à Jair Bolsonaro. Il figure aussi dans le viseur de l’administration de Donald Trump, qui lui a infligé des sanctions financières pour son rôle dans le procès de l’ancien chef d’État, allié de la Maison Blanche. Quand Washington a levé ces sanctions, le magistrat a remercié publiquement Lula pour ses efforts diplomatiques. Après l’affaire Banco Master, le président sortant s’est montré net. Si Alexandre de Moraes est coupable, il doit payer, a-t-il lancé.

Face à lui, André Mendonça, 53 ans, cheveux gris et fines lunettes, est pasteur presbytérien. Ministre de la Justice de Jair Bolsonaro, il a été nommé à la Cour suprême en 2021, l’ancien président tenant ainsi sa promesse de faire entrer un magistrat terriblement évangélique dans la plus haute juridiction du pays. Devant les sénateurs, il s’était engagé à respecter la laïcité. Il avait fêté sa validation en priant, en larmes, aux côtés de Michelle Bolsonaro, alors première dame et elle aussi évangélique. Cette dernière l’a qualifié récemment d’élu du Seigneur, dans un élan de soutien venu de toute la droite. Le 7 septembre, jour de la fête de l’indépendance, un mannequin gonflable à son effigie a même été exhibé lors d’une manifestation anti-Moraes à Sao Paulo, en présence de Flavio Bolsonaro.

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