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L’Arabie saoudite perd son oléoduc de secours et se retrouve au pied du mur

La fermeture temporaire de l’oléoduc Est-Ouest prive Ryad de sa principale voie de contournement du détroit d’Ormuz. Entre blocus houthi, menaces…

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L'Arabie saoudite perd son oléoduc de secours et se retrouve au pied du mur

La fermeture temporaire de l’oléoduc Est-Ouest prive Ryad de sa principale voie de contournement du détroit d’Ormuz. Entre blocus houthi, menaces iraniennes et détours coûteux, le premier exportateur mondial de brut voit ses débouchés se réduire, avec des effets déjà visibles sur les prix.

L’annonce est tombée vendredi. L’Arabie saoudite a décidé de fermer temporairement l’oléoduc Est-Ouest, la fameuse Petroline, longue de 1 200 kilomètres, qui relie les grands champs pétroliers de l’est du royaume au terminal de Yanbu, sur la mer Rouge. La décision fait suite à des attaques lancées depuis l’Irak.

Cet ouvrage n’a rien d’un détail logistique. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, il servait de bouée de sauvetage à Ryad. Le détroit d’Ormuz, par où passe environ un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est de facto verrouillé par l’Iran. La Petroline permettait justement de l’éviter. Sans elle, le premier exportateur mondial de brut doit se rabattre sur des itinéraires plus longs, plus chers et plus risqués, entre un détour par l’Egypte et le canal de Suez ou un passage en force par Ormuz.

La situation s’est dégradée par étapes. Depuis juillet, un blocus maritime visant les navires saoudiens limite les exportations à l’ouest, dans un contexte d’attaques répétées contre des bateaux et des installations pétrolières. Avant la guerre, le royaume écoulait environ 7,3 millions de barils de brut par jour. Près de 4 millions ont depuis été réorientés vers Yanbu, soit l’équivalent d’environ 4,5 % du brut traité dans le monde en 2025. Une partie de ces volumes passait auparavant par le détroit de Bab el-Mandeb vers l’océan Indien, environ 3,2 millions de barils. Ces flux se sont quasiment taris, les transits saoudiens par ce passage étant tombés près de zéro en août. Le brut russe et soudanais, lui, a continué de circuler à peu près normalement.

Les oléoducs enterrés sont certes moins exposés que les navires, mais leurs stations de pompage, en surface, restent des cibles faciles. Pour des analystes, ces frappes démontrent une chose simple. Même les infrastructures censées sécuriser les exportations du Golfe ne constituent pas une solution miracle.

Restent les solutions de repli. Ryad peut continuer à puiser dans les stocks de Yanbu et faire remonter ses cargaisons vers le nord, via le canal de Suez et l’oléoduc égyptien SUMED, qui relie la mer Rouge à la Méditerranée. Les superpétroliers ne pouvant franchir Suez à pleine charge, une partie de leur contenu emprunte ce conduit. Cette voie est déjà plus sollicitée, avec environ 500 000 barils de brut saoudien transitant par là en juillet, contre quasiment rien en juin. En combinant Suez et SUMED, jusqu’à 3,4 millions de barils pourraient en théorie échapper chaque jour à Bab el-Mandeb. Une capacité jamais mise à l’épreuve à une telle échelle.

Le hic, c’est la destination. Le principal marché de l’Arabie saoudite se trouve en Asie. Pour y parvenir par cette route, il faut remonter jusqu’en Méditerranée puis contourner toute l’Afrique, avec des coûts et des délais qui grimpent. Ryad continue donc d’utiliser Ormuz, malgré le risque d’attaques iraniennes, faute de mieux. Des navires naviguent avec leur système de localisation éteint et des transferts de cargaison d’un bateau à l’autre permettent encore d’évacuer du brut hors du Golfe. Mais les volumes quotidiens restent erratiques et atteignent en moyenne la moitié de leur niveau d’avant-guerre.

Les marchés, eux, ont déjà réagi. Après l’annonce de la fermeture de la Petroline, le Brent, la référence mondiale du brut, est monté jusqu’à près de 110 dollars le baril. Aux Etats-Unis, le diesel a atteint un nouveau record à la pompe, à près de 6,27 dollars le gallon. La pression ne devrait pas s’arrêter là. Un expert du Golfe prévient que l’économie mondiale ressentira elle aussi la hausse des cours provoquée par les tensions autour des deux grands goulets d’étranglement de la région et par les coups portés aux infrastructures énergétiques.

Le tableau se complique encore. La production pétrolière saoudienne est tombée le mois dernier à son plus bas niveau depuis 1990. Et une remise en service rapide de l’oléoduc n’a rien d’acquis. Les attaques réduisent les exportations, tandis que les perturbations du commerce ralentissent l’arrivée des équipements nécessaires aux réparations. Un cercle vicieux qui, de l’aveu d’un spécialiste de la région, ne correspond pas à ce que les responsables du Golfe espéraient après six mois de guerre.

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