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Quand Washington claque la porte, Ottawa et Bruxelles se rapprochent

Mark Carney sera l’invité d’honneur du Parlement européen à Strasbourg, avec l’ambition d’une alliance inédite entre le Canada et les Vingt-Sept. Au menu…

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Quand Washington claque la porte, Ottawa et Bruxelles se rapprochent

Mark Carney sera l’invité d’honneur du Parlement européen à Strasbourg, avec l’ambition d’une alliance inédite entre le Canada et les Vingt-Sept. Au menu de ces deux jours, l’énergie, l’intelligence artificielle et les minerais stratégiques.

Le premier ministre canadien Mark Carney a rendez-vous avec l’Europe. Mercredi et jeudi, il sera l’hôte de marque du Parlement européen à Strasbourg, où Ursula von der Leyen prononcera son discours de rentrée sur l’état de l’Union. La présidente de la Commission européenne devrait y vanter le resserrement des liens avec Ottawa. Un signal fort. Carney deviendra aussi le premier chef de gouvernement à assister à ce rendez-vous annuel, avant de prendre lui-même la parole le lendemain devant les eurodéputés.

Le contexte explique cette accélération. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le Canada mène une guerre commerciale avec son voisin américain et cherche donc de nouveaux partenaires. L’Europe, dont les relations avec Washington sont tout aussi orageuses, veut de son côté des appuis pour rééquilibrer sa position entre la Chine et les Etats-Unis. « Le monde a été un peu tumultueux ces derniers temps », reconnaît l’ambassadeur du Canada auprès de l’Union européenne, Jonathan Wilkinson, pour qui le moment est venu de se tendre la main et de voir comment les deux blocs peuvent s’entraider. Carney parle, lui, de bâtir une « alliance unique » avec les Vingt-Sept. Sa visite doit servir de catalyseur avant un sommet prévu à Montréal fin octobre.

Les fondations sont déjà solides. Les échanges entre l’Union et le Canada ont bondi de 80 % depuis 2016, portés par un accord de libre-échange qui a effacé la quasi-totalité des droits de douane. Cette année, le Canada est même devenu le premier pays non membre à rejoindre le programme européen de défense Safe. Reste à aller plus loin. Les deux partenaires vont scruter les secteurs où leurs capacités et leurs besoins se complètent, des domaines jugés stratégiques pour garantir leur souveraineté. L’énergie, l’intelligence artificielle, les matières premières critiques et surtout les terres rares figurent en tête de liste. Ottawa espère aussi décrocher un accord pour que la Banque européenne d’investissement finance des projets canadiens liés aux minerais stratégiques, histoire de desserrer l’étau chinois. L’ambassadeur cite en modèle les récentes livraisons de gaz naturel liquéfié canadien vers l’Allemagne, ou encore les investissements de la société d’IA Cohere outre-Rhin. « Il s’agit en fait d’accélérer ce travail », résume-t-il.

Plusieurs obstacles ralentissent encore la machine. Dix pays de l’Union, dont la France, l’Italie et la Pologne, n’ont toujours pas ratifié l’accord de libre-échange, freinés notamment par la colère des agriculteurs. Conséquence directe, les volets consacrés à la protection des investissements et au règlement des différends restent lettre morte. Des eurodéputés réclament aussi des efforts pour faire connaître le texte aux petites et moyennes entreprises, qui n’en profitent pas encore pleinement. D’autres chantiers sont sur la table, comme un assouplissement des règles de mobilité de la main-d’œuvre et davantage d’échanges d’étudiants via Erasmus. Il est enfin question que le Canada participe au prêt de 90 milliards d’euros accordé par l’Union à l’Ukraine, en s’impliquant dans des projets de défense au profit de Kiev. Pour Jonathan Wilkinson, l’objectif dépasse largement le cadre commercial. Il s’agit de creuser la relation dans tous les domaines.

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