Politique
Lecornu serre la vis et part en quête de 30 milliards d’euros
Le Premier ministre veut que l’État dépense en 2027 ni plus ni moins qu’en 2026, hors défense. Objectif, dénicher 30 milliards d’euros d’économies tout en…

Le Premier ministre veut que l’État dépense en 2027 ni plus ni moins qu’en 2026, hors défense. Objectif, dénicher 30 milliards d’euros d’économies tout en gardant des marges avant un débat parlementaire brûlant.
Sébastien Lecornu a mis ses ministres au régime sec. Dans un courrier qu’il vient de leur adresser, le Premier ministre rouvre les plafonds de dépenses de chaque ministère pour que l’État, défense mise à part, dépense en 2027 exactement ce qu’il dépense en 2026. Pas un euro de plus. En ligne de mire, un chiffre déjà martelé plusieurs fois, celui des 30 milliards d’euros d’économies à trouver. La raison invoquée par Matignon ? Une nouvelle tension sur les prix de l’énergie, causée par la guerre au Moyen-Orient. Elle pèse sur les entreprises comme sur le porte-monnaie des ménages.
Le pouvoir d’achat est justement devenu l’un des thèmes phares de la campagne présidentielle. Et les appels à descendre dans la rue contre la vie chère ravivent le souvenir des « gilets jaunes ». Dans ce climat, l’exécutif veut se garder des marges de manœuvre avant un débat parlementaire qui promet d’être houleux sur les budgets de l’État et de la Sécurité sociale. Les finances publiques sont dégradées et le coût de la dette grimpe. Pour montrer l’exemple et préparer les esprits à des choix douloureux, Lecornu a déjà annoncé vouloir rogner sur les indemnités de ses ministres.
Le Premier ministre ne cherche pas les économies uniquement chez lui. Il a écrit à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au sujet de l’amende record de plus de 4 milliards d’euros infligée à Google pour abus de position dominante et confirmée par la justice européenne. Cet argent doit selon lui servir à alléger les contributions des États membres, pas à financer de nouvelles dépenses.
Du côté des retraités, l’effort attendu atteint 6 milliards d’euros, même si le gouvernement assure qu’ils ne porteront pas le poids principal du budget, dixit sa porte-parole Maud Bregeon. Trois pistes sont sur la table. Ne plus indexer les pensions les plus élevées sur l’inflation. Supprimer en partie ou en totalité l’abattement de 10 % dont bénéficient les pensions et les rentes. Ou encore relever la CSG sur les pensions pour la rapprocher de celle payée par les actifs, une idée portée par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou.
Cette semaine, les ministres concernés ouvrent les discussions avec les groupes politiques. Lecornu les encourage à chercher partout des terrains d’entente. Car il refuse de s’enfermer dans un scénario unique, vote classique, 49.3, loi spéciale ou ordonnances. Sa seule boussole reste le compromis, avec l’espoir d’un budget bouclé dans des délais raisonnables.
D’autres chantiers s’ajoutent à la liste. Une réforme des arrêts maladie, le déremboursement de médicaments jugés inefficaces, et le maintien de la surtaxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, qui rapporte 8 milliards par an, même si Lecornu concède vouloir la réduire. Toutes ces pistes seront passées au crible lors d’un séminaire gouvernemental.
Le contexte politique complique tout. Le gouvernement n’a plus la carte qu’il avait jouée en 2026, la suspension de la réforme des retraites, qui lui avait évité une censure du Parti socialiste. Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, a semblé tendre une perche en se disant prête à voter un budget même « imparfait », tout en posant de nombreuses lignes rouges. Et la canicule de l’été a obligé Matignon à promettre de ménager le budget de la Transition écologique, tout en débloquant 1,3 milliard d’euros pour les agriculteurs frappés par la sécheresse.
Signe de nervosité, Lecornu a saisi la justice au sujet de fuites dans la presse, histoire de garder la main sur les discussions. Pour faire avaler les pilules amères, l’exécutif distille quelques mesures plus douces, comme des coups de pouce aux donations familiales, et promet de ne pas geler le barème de l’impôt sur le revenu, qui aurait alourdi la note mécaniquement.
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