Économie
À 0,4% de croissance en 2026, la France n’a pas décroché selon la Banque de France
La banque centrale a revu sa prévision de croissance à la baisse pour l’an prochain, mais son économiste en chef refuse d’y voir un décrochage de…

La banque centrale a revu sa prévision de croissance à la baisse pour l’an prochain, mais son économiste en chef refuse d’y voir un décrochage de l’économie française. Un diagnostic qui s’écarte de celui de l’Insee, sans faire disparaître la difficulté budgétaire.
Un même chiffre peut raconter deux histoires. La Banque de France table désormais sur 0,4% de croissance en 2026, soit 0,1 point de moins qu’annoncé jusque-là. Mais là où l’Insee évoquait un décrochage de l’économie française, la banque centrale insiste sur tout autre chose, la résilience. « La croissance 2026 sera relativement modeste, mais ce n’est sûrement pas une année de décrochage de l’économie française », résume Xavier Debrun, économiste en chef de l’institution. Pour lui, le mot est presque trompeur. Un pays qui décroche, décrit-il, c’est un pays qui part soudain à la dérive, avec un problème de fond. Or rien n’indique, selon lui, que la structure de l’économie française se soit transformée. Il met d’ailleurs en garde contre la « sinistrose », cette humeur collective qui finit par devenir une prophétie autoréalisatrice. Si plus personne n’investit et que plus personne ne consomme, la mauvaise nouvelle finit par se fabriquer toute seule.
La révision à la baisse ne sort pas de nulle part. Elle s’explique d’abord par une croissance plus faible que prévu au premier trimestre, par rapport aux chiffres publiés initialement. S’y ajoutent un choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient, une consommation des ménages qui progresse peu, un investissement privé moins dynamique et un commerce extérieur qui contribue faiblement à l’activité. Le climat joue aussi son rôle. Les sécheresses et les canicules de l’été ont amputé, « pour le moment », 0,05 point de pourcentage de croissance, un impact qui pourrait atteindre 0,1 point sur l’année entière. Autant d’éléments qui relèvent, pour les économistes de la banque centrale, de mauvaises surprises conjoncturelles plutôt que d’une faiblesse profonde.
Le revers de la médaille concerne les finances publiques. Moins de croissance, c’est mécaniquement plus de déficit, et un budget 2027 encore plus délicat à boucler, dans une année d’élection présidentielle. « La moindre croissance rend l’équation budgétaire plus compliquée », reconnaît le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin. Il ajoute toutefois que l’essentiel, pour les observateurs, reste d’avoir une trajectoire crédible de réduction des déficits. Le message est clair. Le chiffre se dégrade, la crédibilité de la trajectoire compte davantage encore que le chiffre lui-même.
Sur le fond, la divergence avec l’Insee mérite d’être regardée de près. L’institut statistique jugeait que l’économie française allait à rebours de ses voisins et avait décroché ces derniers mois. La Banque de France, elle, souligne qu’un pays voisin tire la zone euro vers le haut, l’Irlande, dont la forte croissance pèse à elle seule 0,3 point sur les 0,6 point de croissance de la zone. S’ajoute une différence de méthodologie dans le traitement de l’agriculture, qui peut accélérer l’anticipation de l’effet des vagues de chaleur d’un institut à l’autre. L’économiste Camille Thubin pointe aussi un effet construction. Les élections municipales viennent de se tenir en France, ce qui place le pays dans un creux de l’investissement public.
Pour la suite, la banque centrale attend toujours un rebond. La croissance remonterait à 0,9% en 2027, puis à 1,2% en 2028, portée par la consommation et le commerce extérieur, avec une inflation qui reflue. Après 2,3% en 2026, la hausse des prix passerait sous la barre des 2% l’an prochain, à 1,9%, avant 1,6% en 2028. Une inflation plus faible en France que chez ses partenaires de la zone euro soutiendrait sa compétitivité, au moment où la demande mondiale est attendue en hausse. Tout cela reste néanmoins suspendu à la situation au Moyen-Orient, principale source d’incertitude d’un scénario bâti sur des données arrêtées à la mi-août. Dans une hypothèse défavorable, la croissance tomberait à 0,3% en 2026 et à 0,4% en 2027.
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