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Kevin Warsh joue sa crédibilité sur une hausse des taux

La Réserve fédérale américaine annonce sa décision mercredi, et les investisseurs parient sur un relèvement des taux directeurs. Son nouveau président…

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Kevin Warsh joue sa crédibilité sur une hausse des taux

La Réserve fédérale américaine annonce sa décision mercredi, et les investisseurs parient sur un relèvement des taux directeurs. Son nouveau président, Kevin Warsh, doit trancher entre les attentes des marchés et un Donald Trump qui réclame l’inverse.

Le suspense tient à peu de chose. Mercredi, la banque centrale des Etats-Unis dira si elle relève ou non ses taux directeurs. Ce serait son premier tour de vis depuis l’été 2023. Kevin Warsh, fraîchement installé à la tête de l’institution, prendra la parole une demi-heure après l’annonce, devant des marchés qui doutent bien plus que d’habitude.

Du côté des investisseurs, la tendance penche nettement vers une hausse d’un quart de point, ce qui porterait les taux dans une fourchette de 3,75% à 4%, à en croire l’outil de veille du marché CME FedWatch. Mais l’unanimité n’est pas au rendez-vous cette fois. Certains opérateurs continuent de miser sur un statu quo, comme lors de chacune des réunions tenues depuis le début de l’année. Chez BBVA, les analystes estiment que l’issue reste ouverte, tout en soulignant que la Fed s’est enfermée elle-même dans un scénario de hausse à force de discours fermes sur l’inflation. Elle devrait donc serrer la vis pour ne pas paraître incohérente.

L’économiste Gregory Daco, du cabinet EY, ne suit pas ce raisonnement. A ses yeux, une banque centrale ne doit pas relever ses taux uniquement pour sauver sa crédibilité, pas plus qu’elle ne doit s’en abstenir parce que des élections approchent. Les élections de mi-mandat sont prévues début novembre, et le débat autour de la politique monétaire américaine a été parasité par des pressions politiques incessantes et par la réticence de Kevin Warsh à communiquer de façon transparente.

Avant de prendre les commandes, le nouveau patron de la Fed avait vertement critiqué la gestion de la forte inflation qui a suivi la pandémie de Covid-19. Il s’était aussi montré séduit par les orientations économiques de Donald Trump, dont il espérait la nomination. L’opposition démocrate l’a rapidement rangé dans la case des marionnettes du président. Pour David Wessel, chercheur à la Brookings Institution, le moment est décisif. Soit Kevin Warsh déçoit complètement les marchés, soit il prend le risque de s’attirer les foudres de Donald Trump. Et s’il relève les taux maintenant, même au prix d’une colère présidentielle, il s’offrirait de la crédibilité pour tout son mandat, qui court jusqu’en 2030.

La Fed est censée rester indépendante et poursuit deux objectifs, une inflation autour de 2% et le plein-emploi. Le second est aujourd’hui assuré, avec un chômage contenu à 4,1%. Le premier, en revanche, reste hors de portée. Les prix progressent trop vite depuis plus de cinq ans, sans véritable perspective d’amélioration, surtout après la remontée récente des prix à la pompe. La réunion sera aussi l’occasion de publier des prévisions économiques actualisées, un document trimestriel que les marchés décortiqueront pour deviner la tournure des deux derniers rendez-vous monétaires de l’année.

La décision se joue à douze voix. Douze responsables, Kevin Warsh compris, votent sur les taux directeurs, et il en faut au moins sept pour faire pencher la balance. Fin juillet, trois d’entre eux réclamaient déjà une hausse. La marge est donc mince, et la pression politique autour de la banque centrale n’est pas près de retomber.

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